‹ Thermidor: d'après les sources orginales et les documents authentiques, avec un portrait deChapitre 48 sur 123 · PARTICIPATION DE ROBESPIERRE AUX AFFAIRES · texte numérisé non relu

PARTICIPATION DE ROBESPIERRE AUX AFFAIRES

Un peu plus tard, il écrivait encore à ces glorieux associ&s de sa gloire et de son martyre: a Mes amis, le comité a pris toutes les mesures qui dépendoîent de lui dans le moment pour seconder votre zèle; il me charge de vous écrire pour vous expliquer les motifs de quelques-unes deces dispositions; il a cru que la cause principale du dernier échec étoit la pénurie de généraux habiles ; il vous adressera les militaires patriotes et instruits qu'il pourra découvrir. » Puis, après leur avoir annoncé Fenvoi du général Stetenofer, officier apprécié pour son mérite personnel et son patriotisme, il ajoutait : « Le comité se repose du reste sur votre sagesse et sur votre énergie ». (*) On voit avec quel soin, même dans une lettre particulière adressée à ses amis intimes, Robespierre s'effaçait devant le comité de Salut public ; et Ton sait si Saint- Just et Le Bas ont justifié la confiance dont les avait investis le comité.

Maintenant, -^ toutes concessions faites aux nécessités de la défense nationale — que Robespierre ait eu la guerre en horreur, qu'il Tait considérée comme une chose antisociale, antihumaine, qu'il ait eu pour u les missionnaires armés » une invincible répulsion, c'est ce dont témoigne la lutte ardente soutenue par lui contre les partisans de la guerre offensive. Les batailles où coulait à flots le sang des hommes n'étaient pas à ses yeux de bons instruments de civilisation. Si les principes de la Révolution se répandirent en Europe, ce ne fut point par la force des armes, comme le prétendent certains publicistes, ce fut par la puissance de l'opinion. « Ce n'est ni par des phrases de rhéteur, ni même par des exploits guerriers, que nous subjuguerons rEurope», disait Robespierre, u mais par la sagesse de nos lois, la majesté de nos délibérations et la grandeur de nos caractères (■). n

Les nations, tout en combattant, s'imprégnaient des idées

(1) Lettre en dale «lu 15 floréal an II (i mai 1794), de la collection de M. Berthevin.

(*i Discours du 8 tlierinidoi'.

nouvelles et tournaient vers la France républicaine de longs regards d'envie et d'espérance. Nos interminables courses armées à travers l'Europe ont seules tué l'enthousiasme révolutionnaire des peuples étrangers et rendu au despotisme la force et le prestige qu'il avait perdus. Si Robespierre engageait vivement ses concitoyens à se méfier de l'engouement militaire, s'il avait une très médiocre admiration pour les carmagnoles de son collègue Barère, si, comme Saint-Just, il n'aimait pas qu'on fît trop mousser les victoires, c'est qu'il connaissait l'ambition terrible qui d'ordinaire sollicite les généraux victorieux, c'est qu'instruit par les leçons de l'histoire, il savait avec quelle facilité les peuples se jettent entre les mains d'un chef d'armée habile et heureux, c'est qu'il savait enûn que la guerre est une mauvaise école de liberté ; voilà pourquoi il la maudissait. Quel sage, quel philosophe, quel véritable ami de la liberté et de l'humanité ne lui en saurait gré?

Si nous examinons la situation intérieure, que de progrès accomplis ou à la veille de l'être I Tous les anciens privilèges blessants pour l'humanité, toutes les tyrannies seigneuriales et locales avec le despotisme monarchique au sommet — en un mot l'œuvre inique de quatorze siècles — détruits, anéantis, brisés. Les institutions les plus avantageuses se forment; l'instruction de la jeunesse, abandonnée ou livrée aux prêtres depuis si longtemps, est l'objet de la plus vive sollicitude de la part de la Convention; des secours sont votés aux familles des défenseurs de la République; de sages mesures sont prises pour l'extinction de la mendicité; le code civil se prépare et se discute ; enfin une Constitution, où le respect des droits de l'homme est poussé aux dernières limites, attend, pour être mise à exécution, l'heure où, débarrassée de ses ennemis du dedans et du dehors, la France victorieuse pourra prendre d'un pas sûr sa marche vers l'avenir, vers le progrès. Contester à Robespierre la part immense qu'il eut dans ces glorieuses réformes, ce serait

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