L.\BUSSiÈRE. — Ah ! très bien
JoLiBON. — Je t'ai vu chez Mareux, où mon beaufrère coiffe les comédiens. Moi, c'est au théâtre de la Cité que je fonctionne.
Labussière. — Et ici !
L'ILLUSTRATION THEATRALE
JoLiBON. — Et ici, oui ! avec mes deux garçons. Je leur laisse le soin d'accommoder les hommes, et je coupe les cheveux des femmes avec les égards auxquels le sexe a toujours droit.
LABUS8IÊRE, — Fouquier te donne de la besogne. C'est l'Etat qui te paye ?
JoLiBON. — Non. C'est gratuit ; mais on m'abandonne les cheveux.
Labussière. — Tout profit.
JoLiBON, rangeant sa trousse. — Dans les premiers temps, oui ! Il y avait là de magnifiques chevelures, que je revendais jusqu'à deux écus la livre. Mais, depuis ces grandes fournées, c'est une baisse ! Ce qui valait encore trente sous en messidor n'en vaut plus que quinze. Si ça continue, j'en serai pour mes frais ; sans parler de celles qui nous frustrent !... Ainsi, la ci-devant princesse de Monaco, croirais-tu qu'hier, après sa condamnation, elle s'est déclarée enceinte ? Tu sais que, dans ces cas-là, il y a sursis à l'exécution pour la constatation légale. Elle voulait en profiter pour couper ses cheveux, avec un fragment de vitre, et les envoyer à ses enfants ! Des cheveux admirables ! Ce matin elle est revenue sur sa déclaration, et elle va partir tout à l'heure ! Mais je suis floué tout de même.
Brault, l'appelant. — Eh ! Jolibon ! C'est fini làhaut. On réclame tes garçons !
Jolibon. — Bien, bien.
Il remonte chercher sas garçons et plus tard entre dans la Conciergerie.