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ans, elle contracta une fièvre typhoïde à la suite de laquelle sa mémoire resta très longtemps affaiblie et son intelligence arriérée ; « j'étais comme idiote, dit-elle, je riais sans savoir pourquoi ». Placée dans différentes pensions, la malade fut renvoyée à maintes reprises parce que ses maitresses ne pouvaient rien lui apprendre. Ge fut à l’âge de 13 ans, au moinent des époques qu'elle commença à se développer physiquement et intellectuellement.
Dès son jeune âge, X.,se fit remarquer par une émotivité extraordinaire, les visites que sa mère lui faisait à la pension, se terminaient toujours par des crises de nerfs avec perte de connaissance, la moindre émotion la rendait malade. Tout enfant, X., était d’une piété remarquable, bien qu'élevée par une grand’mèêre protestante, elle embrassa avec ferveur la religion catholique, passant une grande partie de ses nuits en prière au pied de son lit.
À 14 ans, la malade entra dans le commerce où elle parvint à se faire une situation convenable. Elle travailla une quinzaine d'années dans les modes, menant une existence bizarre partagée entre l’église et le magasin. Tous les matins à 6 heures par n'importe quel temps elle se rendait à Notre-Dame-des-Victoires, attendant l'ouverture des portes. Elle passait deux heures en prière, agenouillée par terre, n’entendant rien, ne voyant rien, en communication intime avec Dieu. La religion était sa suprême consolation et son suprême espoir. Lorsqu'elle était malade, elle se trainait à Notre-Dame-des Victoires et, après quelques instants de prière, se relevait guérie.
X., passait tous ses dimanches à l’église, ne prenant aucune nourriture. L’élévation de l’hostie pendant la messe lui produisait une telle impression qu'elle perdait connaissance. Le plein chart la plongeait dans l'extase et elle ressentait un s'ntiment de félicité profonde que ne lui procuraient pas d’autres musiques.
A° 28 ans, pendant un voyage en Bretagne où la malade passait chaque année quelques mois, Dieu lui apparut, dit-elle, au moment de la communion. La vision fut instantanée et elle entendit une voix lui dire : « ne pars pas pour Paris ». La malade courut raconter son apparition au curé qui lui conseilla de partir, mais elle raconte que par une coïncidence extraordinaire, elle trouvait en rentrant à son domicile une lettre d’une amie lui dénonçant que sa mère voulait la tuer à son retour. Elle vit dans cet avertissement une marque de l'intérêt que Dieu lui portait.
Ces pratiques religieuses étonnaient fort ses compagnes de magasin qui la voyaient avec stupéfaction rester six semaines sans parler pendant toute la durée du carèême. X. vivait à l'écart ne fréquentant personne, partageant son temps entre le travail et la prière. Des renseignements qui nous ont été fournis, il résulte que toutes les
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personnes en rapport avec elle, la considéraient comme une femme bizarre et l'appelaient couramment « la détraquée ».
En 1880, à l'âge de 33 ans, la malade fut atteinte d’une maladie nerveuse qui la força à interrompre ses occupations. Elle souffrait d'un tremblement généralisé et d’une insomnie complète.
Ce fut à cette époque que la malade fit la connaissance d’un prêtre qui devint son confesseur et son confident le plus intime.
En 1883, X. eut des différents avec une religieuse, présidente d’une œuvre de solidarité dont elle faisait partie depuis 20 ans, prétendant que celle-ci voulait lui garder son argent et ne pas lui servir la rente à laquelleelle avait droit. Dès cette époque la malade manifesta contre la sœur une animosité qui ne fit que grandir, voyant l’œuvre de son ennemie dans tous les malheurs qui lui arrivaient.
C'est ainsi que X. étant entrée dans une maison de san'é, prétendit que la sœur l’avait calomniée auprès du médecin et l'avait fait g renvoyer avant complète guérison. Préoccupée entièrement par sa vengeance, la malade poursuivait la sœur de sa haine, recherchant toutes les occasions de lui être désagréable et essayant même de ternir sa réputation.
La passion qu'elle déployait dans son animosité contre la sœur était telle, que son confesseur lui fit, à maintes reprises, des reproches sur sa conduite.
Il essaya de la ramener à des sentiments plus raisonnables, mais tous ses efforts furent vains. Bien plus, la malade vit dans le prêtre un nouvel ennemi, et l’englobant dans ses idées délirantes, s’acharna contre lui. Elle le suivait comme son ombre, lui reprochant sans cesse des griefs imaginaires, répétant partout que le prêtre payait des pauvres pour l'espionner, mettait même devant sa porte des hommes chargés de la surveiller. Or, d’après les renseignements authentiques que nous avons pu nous procurer, la malade était le jouet d'illusions sans nombre, la persécution dont elle se plaignait n'existait que dans son esprit.
Nous ne pouvons relater ici tous les détails de la poursuite incessante dont le prêtre fut l’objet pendant plus de trois années. X. épiait ses moindres faits ef gestes, remarquant les maisons où il se rendait, les personnes qu’il fréquentait, se trouvant partout sur son passage pour le menacer.
Elle ne voulut jamais quitter le quartier habité par sa victime afin de mieux surveiller les allées et venues du prêtre. Obligée de déménager souvent à cause de la bizarrerie de son caractère et des querelles fréquentes qu’elle suscitait à ses voisins, elle avait grand
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soin de ne pas s'éloigner, ne reculant devant aucune dépense pour mieux poursuivre sa vengeance.
C'est ainsi qu'un jour elle loua un appartement hors de proportion avec ses moyens d’existence, la malade l’exigea à tout prix, et raconta ensuite à la concierge qu’elle tenait absolument à ce logement, afin de surveiller de ses fenêtres une gare où son ennemi imaginaire venait souvent prendre le train.
Tous les actes de la vie de X. étaient une preuve de sa profonde .
déséquilibration mentale. Egoïste, vaniteuse, malgré ses déclarations d’humilité et de charité, elle était l’objet de l’antipathie de tous ses voisins. Quelques exemples ne seront pas inutiles pour montrer jusqu'à quel point pouvait aller son caractère vindicatif et intolérant : un locataire, habitant au-dessus d'elle, faisait à son avis beaucoup de bruit avec ses souliers, elle alla lui intimer l'ordre de
prendre des pantoufles afin de ne plus être importunée par le bruit
de ses pas; une autre fois, agacée par les aboiements d’un chien, elle voulut faire conduire l'animal à la fourrière.
Ces faits bien qu’insignifiants en eux-mêmes, décèlent mieux que tous commentaires, l’état d'esprit de la malade.
Pendant l’année 1893, X. se croyant de plus en plus persécutée, fut le jouet d’interprétations délirantes de toute nature. Elle prétendit que le prêtre faisait courir de mauvais bruits sur som compte et détachait d'elle ses meilleures amies, qui passaient maintenant près d'elle sans la saluer. Il lui semblait que tout le monde lui tournait le dos, qu'on faisait des signes sur son passage. Voyait-ellé deux personnes parler dans la rue en la regardant, elle s’imaginait aussitôt être l’objet de la conversation.
La malade de plus en plus surexcitée contre le prêtre auquel elle attribuait tous ces faits, s'attacha à ses pas pour épier ses moindres actions, se déguisant même et couvrant sa figure d'épaisses voilettes afin de ne pas être reconnue. Elle allait trouver son ennemi imaginaire dans la chapelle où il avait coutume de dire sa messe, sollicitant de lui des entrevues que le prêtre accordait le plus souvent dans l'intention de la ramener à des conceptions moins erronées,
Le délire de la malade augmentait avec le temps, son exaltation pathologique devint telle qu'au commencement de l’année 1895, X... acheta un revolver sous le prétexte que le prêtre mettait un homme en faction devant sa porte et qu'elle avait peur pour sa vie. Elle racontait à qui voulait l'entendre ses persécutions imaginaires, associant dans la même haine le prêtre et la religieuse. « Je suis affreusement calomniée, disait-elle, mes ennemis répandent le bruit que je suis une fille naturelle, ils disent même que j'ai des rela-
tions avec un jeune homme, je me vengeraf. » Son excitation était si grande que les personnes en rapport avec la malade prévoyait un scandale et furent peu surprises du malheur qui dévait arriver.
Le 11 mai 1895, la malade alla le matin trouver une de ses amies et lui dit: « c’est aujourd’hui que je tuerai la sœur car je l’attendrai au passage. Je vais aller en prison mais cela m'est égal. » Elle se rendit auparavant à la chapelle où son ennemi imaginaire avait l'habitude de dire sa messe et l’apostropha vivement. Craignant un scandale public, celui-ci lui promit de se rendre à son domicile pour l'écouter. X... raconte comme suit, la scène qui se passa chez elle.
« Je voulais que ce prêtre me réhabilite devant ses pénitentes, « qu'il rétracte, par écrit, tout ce qu'il avait dit. I refusa. Je pris « mon revolver, sans me laisser ie temps de parler, il se précipita « sur moi pour me l’arracher, alors je tirai sur lui quatre coups « comme j'en aurais tiré quinze s'ils s'étaient trouvés dedans, je ne x me connaissais plus. »
Lorsque la malade vit son ennemi à terre, un calme effrayant se fit en elle d’après sa propre expression, elle changea ses vêtements inondés de sang et alla raconter le crime à son confesseur. Son sangfroid était si extraordinaire que le prêtre refusait de croire à cet acte monstrueux et la meurtrière dut insister auprès de lui pour le convaincre.
Elle racontait la scène avec un calme parfait, sans manifester le moindre repentir, pas le moindre mot de regret pour cet homme qu'elle venait de frapper mortellement. Confrontée avec le cadavre elle resta muette et impassible, conduite d’autant plus invraisemblable que la malade comme nous le verrons plus loin est douée d’une émotivité extraordinaire.
Dans les différents interrogatoires que lui fit subir le juge d'instruction, X. conserva le mème calme et la même indifférence répétant toujours la même phrase, « Il me faisait du tort, il disait que j'étais une fille naturelle, je me suis vengée. »
Après un examen médico-lécal de MM. Vibert, Motet et Dubuisson, la malade reconnue aliénée et déclarée irresponsable, fut le 27 juin, internée à l'asile Sainte-Anne.
Pendant les premiers mois passés à l'asile, la malade est calmeet tanquille, elle raconte son crime comme un fait divers auquel elle n'aurait pas participé, sans aucun remords, en véritable inconsciente, se plaignant amèrement d'avoir été regardée comme une folle. « Est-il possible que l’on puisse envoyer, par des moyens non permis, en maison d'aliénés une personne possédant sa pleine raison. » Elle demande pourquoi on ne l’a pas fait passer en cour d'assises où son acquittement était certain, on aurait vu combien
So fre
elle a souffert, on aurait excusé sa conduite. Elle avoue cependant avoir prémédité son crime, car dans une lettre écrite à un parent elle dit. « Tu sais qu’à ton dernier voyage je te l'avais dit et que tu en as ri, ce qui m'avait affligée, je l'avais dit aussi à M. D. qui en avait été effrayé connaissant mon énergie, Mme L. à qui j'avais confié mes projets le croyait bien aussi. »
X. possède toute sa lucidité et tonte sa mémoire racontant son
histoire avec mille détails précis et n'ayant rien oublié des moindres
faits de sa vie. Elle voit dans son internement une vengeance du clergé et croit avoir été imposée au médecin en chef, persuadée que des considérations politiques seules empêchent sa sortie.
La malade ne recule pas devant la calomnie et prétend avoir été en butte aux ohsessions amoureuses de la plupart de ses confesseurs, interprétant des paroles absolument naturelles comme des déclarations, elle va jusqu’à prétendre avoir étéen butte aux propositions de son père pendant sa jeunesse.
Un des caractères particuliers de son état mental est une émotivité excessive, la moindre surprise la fait pleurer et trembler. Le procureur de la République étant venu la visiter au mois d'août, X.ne put lui parler tant son émotion était grande, elle se mit à trembler et à sangloter.
La malade n’a pas d’hallucinations, mais est le jouet d'interprétations délirantes constantes, c'est ainsi qu’elle se figure qu'on intercepte ses lettres et qu’on empêche la visite de ses amies.
En septembre, X. qui avait été jusque là calme et obligeante, se montre susceptible, irritable et suscite des querelles dans le service. Ses fausses conceptions se font jour de plus en plus, elle se figure que sa famille la retient internée et, imaginant tout un système de persécution refuse de répondre aux lettres de ses parents.
Englobant le juge d'instruction parmi ses persécuteurs, elle se répand en amères récriminations contre lui, l'accusant de tous les méfaits possibles; il a confisqué les lettres qui témoignent en sa faveur, n’a écouté que les calomnies; il n’a eu qu'une pensée, la faire passer pour folle afin de cacher l'hypocrisie et le mensonge des prêtres, tout n’était que mensonge sur son dossier.
Et faisant de son cas particulier un cas général. la malade demande pourquoi le gouvernement laisse sur son siège un juge capable de toutes les infamies. Elle vante à chaque instant sa douceur, son honnêteté, sa franchise, « ce qui a fait mon malheur en tout « et pour tout, nous dit-elle, c’est d'avoir été trop bonne, » les mots d'humanité, de bonté, reviennent à chaque instant sur ses lèvres, elle dit, le plus sincèrement du monde : « je ne donnerais pas une
pichenette à quelqu'un, ».elle qui a eu les mains souillées de sang. Cette inconscience absolue est un des caractères les plus remarquables de son état d'esprit.
En novembre, la malade profite de la présence d'un ouvrier dans le service, pour faire mettre à la poste, en cachette, des lettres adressées au Président de la République, aux journaux, et, ne pouvant payer le service qu’il lui rend, fait son téstament en sa faveur. Puis subitement et sans cause, X. se figure que le docteur est devenu dur à son égard, qu'il a changé du tout au tout et ne lui cause plus avec la bienveillance d'autrefois.
Il est impossible de lui faire comprendre que ce changement n'existe que dans son imagination. Elle se désole et manifeste à plusieurs reprises l’intention de se suicider ou de s'évader.
En décembre, la malade juge toujours son acte avec une désinvollure extraordinaire, elle ne donne aucune importance à l'homicide commis et répète qu’on l’a enfermée à Sainte-Anne afin de ne pas dévoiler les horreurs des prêtres, qu'on a commis à son égard une monstrueuse iniquité. :
Une lettre écrite le 7 décembre à l’un des médecins chargés de son examen médico-légal montre bien la manière inexacte dont elle interprète les faits: «Sur mon dossier, il n'y a que de mauvais «témoignages, tout n’est que mensonge ; vous avez eu le témoignage « de Mme L... chez qui j'ai travaillé 16 ans, comment se fait-il que « cette lettre ne soit pas attachée à mon dossier. Si le ministère de « l’intérieur connaissait tout cela, il ne m'aurait pas laissé mettre « à Sainte-Anne, j'aurais eu un jugement et un acquittement, « n'étant pas coupable de la mort du prêtre, qui est cause de ma lé- « gitime colère en ayant perdu ma réputation... Voilà cinq mois que «je suis à Sainte-Anne, mon caline a étonné tout le monde; on le « dit et on me félicite, les malades me disent: vous êtes douce à shliexces 0) ;
Un mot de la malade montre admirablement son caractère emporté et de réaction, elle raconte que, pendant son examen médicolégal, l'un des docteurs se pencha sur son confrère pour lui parler à voix basse: Qil à dû lui dire que j'étais folle, nous dit-elle, si je l'avais entendu, vraiment, je lui aurais donné un soufflet. »
X. passe son temps à écrire au procureur, au Président de la République, toutes ses lettres sont semblables, expliquant son innocence, la méchanceté et l'hypocrisie du juge et du médecin. Elle se considère comme une grande victime et manifeste l'intention de se suicider. « La vie que je mène, écrit-elle, n’est plus endurable pour « moi, le docteur craignant que la justice me fasse sortir et me « retenant pour être agréable au clergé, a mis sur mon dossier que
€ j'avais la manie de la persécution. C’est là une grande calomnie : « il a parlé contre sa pensée et n’a pas craint de mentir... Si j'avais « été coupable, on m'aurait donné un jugement, maïs ne l'étant pas, « on me l’a refusé, c’est pourquoi on a osé me faire un dossier de « mensonges, sachant qu'il n’y aurait pas de jugement pour « démentir les mensonges du juge. Pour cacher les horreurs du « faux clergé, on a préféré commettre l’infamie de me mettre dans «une maison d’aliénés..., cependant tout le monde s'accorde à « dire, ici comme partout, que j'ai un caractère charmant. »
Cette lettre imtéressante à tous les points de vue montre comment la malade interprète faussement les faits qui ont précédé son entrée à l'asile. Elle parle de son crime comme d’un fait divers sans importance et ne peut croire à la légitimité de son internement, s'imaginant avoir rendu service à la société en tuant « un prêtre . sans honneur ». Aussi met-elle tout en œuvre pour sortir, X. essaie decorrompre à prix d'argent les visiteurs et les malades et combine un plan d'évasion. Voulant attirer l'attention, elle proclame partout qu'elle se tuera le 15 janvier et fait le récit de tentatives de suicide imaginaires.
A l'entendre, la France entière s'agite en sa faveur, le bruit s’est répandu qu'elle n’est pas folle, aussi la retient-on par peur du scandale.
Par moment, la malade s’excite violemment et proteste énergiquement contre son internement, elle montre le poing d’un air de menace, en s’écriant : « cette fois c’est fini, c’est bien fini, » et refuse de manger pour se laisser mourir de faim. Sa colère se passe au bout de quelques heures, mais elle nourrit secrètement des projets de vengeance. Son caraetère hautain et intolérant se manifeste en toutes circonstances, X. méprise les malades qu'elle considère comme folles, ne veut rien supporter, se plaignant constamment de mille petites tracasseries dont elle grossit démesurément l’importance, et pendant que sa manière inexacte de juger les choses en fait une personne insupportable pour tout le monde, elle ne cesse de répéter qu’elle est un modèle de douceur, de justice et de charité,
OBSERVATION V (personnelle)
Dégénérescence mentale héréditaire. — Actes exlravagants prouvant la déséquilibration de la malade. — Exagération pathologique de la personnalité. — Idées de persécution revétant un caractère obsédant, entretenues par des illusions et des interprétations délirantes sans nombre. — Quelques rares hallucinations. — Poursuiles incessantes envers une dame que la malade accuse de lui enlever l'affection de sa fille. — Tentative de meutre. — Tendance extensive du délire qui s'étend aux médecins. Conservalion des mêmes sentiments de vengeance contre son ennemie imaginaire.
Marie 7. est âgée de 57 ans.
Son père mort très âgé était un homme emporté, ras instable dans ses occupations, incapable de faire ses affaires et exagéré en toutes choses. Il était si passionné dans ses convictions que la moindre contradiction le faisait entrer dans une colère épouvantable.
La mère morte à 83 ans eut pendant sa jeunesse de nombreuses crises d'hystéries.
La malade eut trois frères nerveux, emportés, se faisant remarquer par leur prodigalité exagérée et deux sœurs l'une morte en bas âge et l’autre, artiste, coquette et vaniteuse.
Marie Z. contracta la scarlatine à l'âge de 10 ans et fut réglée à 13 ans. Dès son enfance, la malade se fitremarquer par son émotivité excessive et un profond égoisme : elle était jalouse de l'affection que sa mère prodiguait à ses autres enfants. Elle fut mise en pension etreçut une boune instruction qui lui permit de passer à 18 ans le brevet élémentaire et à 25 ans le brevet supérieur,
Son adolescence paraît avoir été assez romanesque. À 17 ans, elle conçutune violente passion pour un jeune étudiant ami de sa famille, et, incapable de rester sage, devint sa maîtresse, Abandonné par son ami, elle en éprouva un tel chagrin qu'elle tomba malade. Elle fut soignée par différents médecins et entre autres par le père de son ami, avec qui elle prétend avoir eu des relations.
Quoiqu'il en soit de ces assertions, Marie Z. devint enceinte et accoucha en 1861, d'une enfant qu'elle reconnut. A vingt-cinq ans elle retrouva son ancien ami, auquel elle confia le secret de sa gros-
LES Res
sesse, renoua sur l'heure les relations avec lui et resta, dit-elle, pendant un certain temps sa maîtresse. :
En 1868, la malade quitta la France et se plaça comme institutrice dâns une grande famille de l’aristocratie anglaise où elle resta un grand nombre d'années.
L'existence de la malade à son retour de l'Angleterre fut assez mouvementée pour que nous entrions dans quelques détails qui ne seront pas sans intérêt pour déceler son état mental.
Marie Z... s'était fait remarquer en toutes circonstances par un amour exagéré pour sa fille; elle lui prodiguait des marques de tendresse jalouse, exigeant chaque jour une lettre d’elle, lui répondant régulièrement et son amour maternel était si excessif qu'il prit peu à peu un caractère maladif au point de la conduire plus tard aux actes les plus extravagants. Dans la crainte que lesprit de sa fille ne subit une influence étrangère elle refusa à son enfant l'autorisation de faire sa première communion à l’âge de 415 ans. Elle ne lui permit aucune société, lui faisant des reproches lorsque celle-ci manifestait le moindre sentiment d’atlachement ou de reconnaissance à quelques amies. Plus tard elle s’opposa formellement à son mariage déclarant bien haut qu’elle ne se séparait jamais de son enfant et elle nous a même avoué, dans un de nos entretiens, avoir proféré des menaces de mort contre un des fiancés de celle-ci.
Elle se plaignait constamment de ne pas être assez aimée et de ne pas trouver dans son enfant l’ardente affection qu'une mère avait le droit d'y rencontrer.
Vers 1880, tombée malade à la suite d'accidents provoqués par une tumeur fibreuse utérine la malade renonça à sa profession d’institutrice et alla vivre à la campagne auprès de sa mère. La vie de famille ne dura pas longtemps. Marie Z... suscitait à chaque instant des scènes douloureuses, prétendant être moins aimée que ses frères et sœurs ; la situation devint telle que sa mère dut se séparer d’elle
En 1885, Marie Z... et sa fille firent connaissance à Lyon d'un jeune secrétaire d’ambassade, ce dernier convenait fort à la demoi: selle mais la malade ne voulut jamais consentir au mariage.
La chose tourna à la comédie, Marie Z...conçcut une passion violente pour le fiancé de sa fille, et maloré ses quarante-sept ans se laissa entraîner à tous les débordements. Sa passion fut délirante et lorsque le jeune homme s’éloigna, la malade ne pensa plus qu'à mourir.
Cette bizarrerie de conduite n’est pas la seule qui prouve Ia profonde déséquilibration de la malade.
À l'âge de 50 ans elle tomba de nouveau follement amoureuse d'un ouvrier dont l'éducation n'était nullement en rapport avec la sienne, et recommença ses extravagances.
Elle poussait le cynisme jusqu’à envoyer chercher son amant par sa fille qu’elle obligeait à lui tirer les cartes et à rendre des ovacles suivant ses désirs.
La malheureuse était sans cesse abreuvée d'insultes s'entendant reprocher chaque jour sa naissance illégitime et son pain. De guerre lasse elle quitta la malade et vint à Paris dans le but d'y trouver une occupation.
Entrée comme institutrice dans une maison d'éducation, Mlle Z... fit connaissance d’une dame A..,, avec laquelle elle se lia intimement. Cette amitié réveilla chez la malade des sentiments de jalousie. Elle vit dans l’amie de sa fille une mortelle ennemie et lui voua dès lors une haine qui ne fit que grandir avec le temps.
Marie 2... étant venuerejoindre sa fille, A. leur offrit l'hospitalité-
Une telle conduite aurait dû susciter à la malade quelques sentiments de reconnaissance ; il n’en fut rien. Elle manifesta aussitôt contre la maitresse de la maison une hostilité marquée, croyant voir en celle-ci une rivale.
Elle prétendit bientôt que À .. s’aitachait sa fille par des moyens inavouables.
Il en résulta entre la mère et la fille des scènes épouvantables : un jour même la malade voulut exiger leur départ immédiat; devant le refus de sa fille elle fut prise d’un véritable accès de fureur maniaque avec cris, chants et vociférations.
À la suite de cette scène, les deux femmes se séparèrent et Marie Z. alla s’instailer seule à Fontainebleau,
Sa fille étant venue passer quelques jours auprès d'elle, la malade de plus en plus exaltée se sauva une nuit de sa chambre en criant «ma mère est morte, son esprit est passé en moi », et on la retrouve dans le jardin pieds nus, en chemise, au milieu d’un groupe d'hommes attirés par le bruit.
A partir de cette époque, Marie Z. ne vit que croître sa jalousie morbide pour sa fille. Elle écrivait des lettres d'injures à A., l'accusant d'hypnotiser son enfant pour en abuser, venant à Paris faire des scènes à cette dame et causant un tel scandale dans la rue, que Mile Z. dut abandonner la maison d'éducation et quitter Paris.
Ce départ ne fitqu'augmenter chez la malade des idées délirantes, elle prétendit que sa fille était séquestrée et déposa une plainte à la Préfecture de la Seine. Ces faits attirérent l'attention de la police, qui après une enquête, ordonna l’examen médico-légal de la plaignante. Le docteur Garnier conclut à l'irresponsabilité,
dupe
Lorsque Mile Z. rentra à Paris, elle fut en but à une persécution acharnée de la part de sa mère. Celle-ci la suivait dans la rue et venait la nuit faire du scandale devant sa porte. La malade semble avoir eu à cette époque des hallucinations, car elle suppliait les voisins de venir à son aide, disant que sa fille était enfermée par A. et qu’elle entendait ses appels désespèrés.
Un jour Mlle Z... fut réveillée par des pierres jetées violemment contre ses persiennes ; elle ouvrit sa fenêtre et aperçut sa mère dans un état d’agitation extrême disant des mots incohérents et faisant de grands gestes avec les bras.
- Il serait trop long de retracer dans tous ces détails la persécution incessante dont la pauvre fille était l’objet.
Mille Z... étant entrée en 1892 à l'hôpital pour une opération, sa mère vint la réclamer dans le service.
Plus tard elle stationnait pendant des heures devant la porte des maison où se rendait sa fille, arrêlant les personnes qui entraient et sortaient, manifestant contre tous ceux qui témoignaient de l’estime ou de l'affection à son enfant d’une haine épouvantable.
Un jour elle lui donna rendez-vous dans une église et voulut l'emmener de force chez une somnambule pour détruire l'influence hypnotique de son amie À... Elle fit tant de bruit que le suisse dut la prier de sortir.
La malade s'occupait en effet depuis longtemps de spiritisme, d’occultisme. Son cerveau maladif avait accepté avec empressement toutes ces conceptions étranges, d'autant plus qu'une intriguante abusait de sa crédulité pour l’entretenir dans ses convictions délirantes et en tirer profit.
Ces faits n'étaient pas les seuls qui prouvaient la déséquilibration complète de la malade. Elle perdit en janvier 1892 un chien qu’elle aimait follement et dont la mort fut la cause de nouvelles extravagances. Elle mit le cadavre de la bête sur un lit, l’entourant de fleurs et de lumières, manifestant une douleur aussi vive qu’à la mort d'un enfant chéri. Elle l’enterra dans un jardin avec une eroix sur sa tombe.
Marie Z. racontait à qui voulait l'entendre ses malheurs imaginaires, elle allait pleurer chez ses amies, et dans son excitation ré pétait à chaque instant que tout ceci aurait une fin, que Mlle A. ne lui prendrait pas éternellement sa fille et qu’elle la tuerait un jour ou l’autre. Se venger de cette femme semblait le but de sa vie.
Le commissariat de police du quartier, informé de ces faits, allait. faire interner la malade, lorsque le 1er mai 1893 celle-ci tirait ex pleine rue sur son ennemie A., plusieurs coups de revolver.
Arrêtée aussitôt, Marie Z, manifesta son regret de n'avoir pas tue
AR je
cette femme qui mettait un obstacle à ses affections maternelles. Elle se fit gloire d’avoir frappé celle qu’elle poursuivait depuis trois années avec une ténacité impitoyable.
L'examen médico-légal auquel elle fut soumise, conclut à son irresponsabilité et après un rapport motivé du Dr Garnier, datant du 16 juin 14893, elle fut internée à l'asile Sainte-Anne.
A son entrée dans le service de l’admission, la malade conserve les mêmes idées délirantes : elle accuse énergiquement « la femme albinos » de s'être attachée sa fille par des moyens inavouables et de lavoir hypnotisée pour: en arriver à ses fins.
Marie Z. est d'un caractère fier, hautain, ayant la plus haute” idée de son importance et éprouvant un grand dédain pour les autres malades. Elle vit isolée, ne supportant aucune plaisanterie, son caractère vindicatif se fait jour par intervalle et amène des discussions fréquentes dans le service, pour des motifs futiles.
Elle écrit constamment des mémoires, adressés aux députés, aux journalistes, pour protester contre son internement et se plaindre de ses persécutions imaginaires.
Citons à titre documentaire, cette lettre adressée à un député :
« Sous ce titre suggestif « une Bastille à abattre », le journaliste « D.,a écrit dernièrement un article plein de vérité. Cette « bastille » « est l'asile des aliénés, où des morticoles remplissent en même « temps la fonction de juges et celle de bourreaux. Mais qui donc « aura le cœur, le courage et l'autorité nécessaires pour porter un « coup mortel à cette Bastille moderne encore plus perfide que « l’ancienne ? Je ne vois plus que vous à Paris, Monsieur.
« Le poëte a charge d’âmes, » a dit notre grand Victor Hugo, le « député a le pouvoir. C’est pourquoi je prends la liberté de vous « écrire, en ma qualité de victime des morticoles, étant séquestrée « par eux depuis quatorze mois. Ayez assez d’indulgence pour lire « le récit de mon malheur.
« J'avais une fille que j’adorais : elle m'aimait jusqu'à l'héroïsme. « je n'avais qu'elle au monde. Une femme s'en est emparée (par « l'hypnotisme, j'en avais des preuves), elle a ruiné son avenir que « j'avais préparé par vingt-six ans de labeur
« Je me suis adressée à toutes les autorités : commissaire de po- « lice, préfet de police, procureur de la République, aux députés de « mon pays, à l'hypocrite B. et au panamiste T., au ministre de « l'Intérieur, je suis même allée à Fontainebleau dans l'espoir de
.« toucher le cœur de Mme Carnot, en vain. Je n'ai jamais pu obte- « nir qu'on me mette une seule fois en présence de ma fille. Alors, « avec intention, par une carte postale, j'ai averti cette femme que « sa vie m'appartiendrait si elle persévérait à retenir ma fille avec