‹ Thèse pour le doctorat en médecineChapitre 4 sur 5 · DIVERSES BRANCHES DES SCIENCES MÉDICALES · texte numérisé non relu

DIVERSES BRANCHES DES SCIENCES MÉDICALES

De ï inflammation des enveloppes de la moelle .

1° Sous le rapport pathologique, on peut diviser les enveloppes de la moelle en deux couches bien distinctes :

A. La couche externe qui se compose de la dure-mère, du tissu cellulaire qui la sépare du canal osseux de la colonne vertébrale et du feuillet externe ou pariétal de l’arachnoïde. B. Dans la couche interne se trouve comprise la pie-mère unie d’un côté au feuillet viscéral de l’arachnoïde et de l’autre à la substance même de la moelle. Quand la première de ces couches s’enflamme, c’est le plus souvent à la suite des maladies des vertèbres elles-mêmes ou bien des cartilages et des ligaments qui les unissent, ou, en un mot, des différentes parties qui entrent dans la composition du canal rachidien ; tandis que la seconde couche, ne faisant, pour ainsi dire, qu’un seul et même système avec la moelle, participe à toutes ses inflammations et lui communique le plus souvent les siennes propres.

Nous appellerons méningite spinale l’inflammalion de cette couche interne.

2° La méningite spinale est presque toujours accompagnée, d’une

part , de myélite, et de l’autre, de méningite cérébrale; d’où il suit que ses symptômes propres sont plus ou moins masqués parles symptômes de ces deux phlegmasies concomitantes. Elle offre cependant deux signes que Ton peut regarder comme pathognomoniques.

3° Le premier est une douleur plus ou moins vive, siégeant précisément au point où l’inflammation a le plus d’intensité, et s’étendant tout le long de l’épine par des élancements rapides. Dans le commencement, elle est rémittente, puis elle devient continue, et elle s’accompagne d’une exaltation de la sensibilité telle que le moindre mouve ment fait jeter de hauts cris au malade. Cette douleur s’explique par l’inflammation de l’arachnoïde qui, comme toutes les séreuses, devient excessivement sensible par l’effet de la phlegmasie. 11 ne faut pas confondre cette douleur avec celle que l’on ressent souvent dans les membres pendant la méningite spinale. Celles-ci semblent indiquer la propagation de la phlogose jusque dans les cordons postérieurs de la moelle.

4° Le second symptôme propre de la méningite spinale c’est une contraction spasmodique des muscles du dos, contraction qui fait que la colonne vertébrale reste inflexible et forme même un arc concave en arrière. Elle est quelquefois continue, mais souvent comme rémittente; elle s’exacerbe au moindre essai de mouvement; elle accompagne chaque accès de douleur, et elle semble instinctive pour empêcher dans la colonne vertébrale les plus légers mouvements, lesquels ne peuvent s’accomplir sans réveiller des souffrances. On ne doit pas non plus confondre cette rigidité avec les spasmes et les convulsions des membres , phénomènes qui annoncent une affection aiguë commençante des faisceaux antérieurs de la moelle.

5° Outre ces deux symptômes caractéristiques, on en observe encore d’autres plus ou moins constants, tels que la constipation, la dysurie, les douleurs et les spasmes des membres, la gêne de la respiration, une fièvre violente, etc. , etc. Ces symptômes sont en rapport avec l’intensité, le siège et les complications de la maladie.

La méningite spinale aiguë se termine ordinairement en quelques

jours, par résolution, par la paralysie des muscles, par l’apoplexie ou par l’asphyxie.

6° Parmi les causes de cette affection, les plus puissantes sont : les lésions traumatiques, le rhumatisme, la suppression d’une évacuation sanguine ou puriforme habituelle, les efforts musculaires exagérés, la propagation de la phlegmasie venant d’organes plus ou moins éloignés et primitivement affectés jusque sur ces parties, etc. , etc.

7° Les lésions anatomiques sont différentes suivant les diverses périodes de la maladie. Au commencement , on ne trouve qu’une rougeur plus ou moins foncée résultant de l’injection sous-arachnoïdienne. L’arachnoïde et la pie-mère sont un peu plus épaisses, plus friables, quelquefois ramollies; mais la première de ces membranes est toujours transparente. Plus tard, on rencontre, dans la cavité arachnoïdienne et dans le tissu cellulaire, des épanchements sanguinolents, plastiques ou puriformes. Un ramollissement plus ou moins grand de la moelle accompagne souvent ces produits morbides. Dans les cas d’inflammation chronique, on trouve des dégénérescences des pseudomembranes, des plaques cartilagineuses, la destruction des vertèbres, etc., etc. Outre ces produits locaux, la congestion occupe souvent les poumons, les enveloppes cérébrales , etc. , etc.

8° Le pronostic de cette maladie est très-fâcheux, quoique les cas de guérison ne soient pas rares dans les annales de la science. L’homme de l’art peut employer, avec quelque espérance de succès, les antiphlogistiques , les dérivatifs sur le canal intestinal, et peut-être encore les affusions froides. Il ne faut pas perdre de vue que l’ischurie et la constipation paralytique accompagnent la maladie. Si la paralysie en était la suite, après la cessation des symptômes inflammatoires , on pourrait employer les stimulants, comme l’électricité , la strychnine ; mais il faudrait les employer avec précaution et n’en espérer que peu de bons résultats, parce qu’ici la paralysie dépend des dérangements organiques.

Des caractères et du traitement des ulcères syphilitiques de la bouche

et de la gorge,

1° Les ulcères syphilitiques de la bouche et de la gorge peuvent être primitifs ou secondaires. Dans le premier cas, ils sont le résultat de i inoculation directe de la matière syphilitique ; dans le second cas, ils sont produits par l’infection générale de l’économie.

2° Les ulcérations primitives siègent le plus souvent sur les lèvres , les gencives, la langue et la surface interne des joues, tandis que les chancres secondaires commencent par se montrer entre les piliers et sur le voile du palais. Outre ces caractères, les commémoratifs, et surtout l’inoculation du pus de l’ulcère sur une autre partie du corps, peuvent nous aider à reconnaître les deux catégories d’ulcères dont nous parlons, parce que le pus des ulcères primitifs est seul capable de produire de véritables chancres.

3° Les ulcères secondaires arrivent quelquefois d’emblée ; mais le plus souvent ils succèdent à des tubercules muqueux, petits corps saillants, arrondis ou lenticulaires, d’un rouge foncé , plus ou moins rapprochés les uns des autres , et se changeant avec le temps en de petites ulcérations rondes ou ovalaires, à fond grisâtre et abords taillés à pic. Ces ulcérations présentent un aspect différent, selon leurs différents éléments pathologiques; quelquefois ce sont des chancres indurés, siégeant sur un bouton saillant, et entourés de bords épais ; quelquefois elles sont inflammatoires, et alors elles s’entourent d’aréoles rouges; elles sont accompagnées de la phiogose de l’arrière, bouche et des amygdales , de la gène dans la déglutition : c’est l’angine syphilitique des auteurs. Quelquefois ces altérations présentent l’aspect atonique ou phagédénique ; elles sont alors rongeantes, à bords dentelés , et accompagnées d’une sécrétion puriforme.

4" On pourrait confondre ces ulcérations avec des aphthes, le muguet , les ulcères scorbutiques, mercuriels, gangréneux, cancéreux;

avec l’angine gangréneuse, la phthisie laryngée, etc. ; mais le siège « l’aspect, la marche des ulcérations, et les commémoratifs, assurent le diagnostic.

5° Les ulcères secondaires commencent à paraître sur les amygdales, le voile du palais , les piliers, et de là se propagent dans la cavité des fosses nasales et dans la gorge plutôt que dans la bouche et le larynx; ils rongent la muqueuse et les parties sous-jacentes, gagnent les os et les détruisent ; mais nous devons convenir toutefois que cette destruction des os est bien plus remarquable, bien plus rapide dans les cas où la syphilis a déjà frappé le système osseux avant de frapper la muqueuse. Les suites les plus fâcheuses et presque inévitables de cette propagation des ulcères jusqu’aux os sont les suivantes : dans la cavité nasale, l’écoulement d’une matière fétide puriforme ( ozène) , la carie des os propres, et par suite l’affaissement du nez, la perforation de la voûte palatine, des fistules lacrymales, destruction plus ou moins étendue et toujours hideuse de la face, la carie des os maxillaires; dans la bouche, les chancres rongent le voile du palais, la langue, les joues, etc.; dans la gorge, ils détruisent la muqueuse, le tissu cellulaire, les muscles, et atteignent quelquefois les vertèbres cervicales qu’ils détruisent également , et amènent ainsi la mort du sujet. Il est remarquable que les chancres ne pénètrent pas dans l’œsophage, mais seulement, et dans des cas extrêmement rares encore, dans la cavité du larynx. Alors ils attaquent les cartilages de cet organe, produisent des fistules laryngiennes, ou occasionnent la mort en déterminant la phthisie laryngée ou l’œdème de la glotte.

6° Les ulcères syphilitiques de la gorge et de la bouche guérissent quelquefois spontanément; il serait cependant de la plus grande importance de compter sur cette guérison. La destruction des ulcères primitifs par l’excision ou la cautérisation est indispensable; c’est le meilleur moyen d’enrayer la marche de la maladie.

Les chancres secondaires demandent un traitement local et un traitement général , et ces deux traitements doivent être modifiés selon les éléments morbides des ulcères. Les chancres inflammatoires réclament un traitement antisyphilitique et dérivatif, les gargarismes de ciguë

ou de morelie, et puis le deutochlorure de mercure. Les chancres indurés cèdent bien à la cautérisation avec le nitrate acide de mercure y tandis que, dans les ulcères phagédéniques, on doit préférer la cautérisation avec le nitrate d’argent ou avec l’acide chlorhydrique, les gargarismes de quinquina , ou les astringents acidulés ou opiacés.

De tous les moyens que l’on a proposés pour combattre la syphilis constitutionnelle, le mercure conserve toujours son ancienne réputation de moyen héroïque et spécifique. Ce médicament précieux n’agit guère que dans les cas de syphilis dépouillée de toute la complication, soit constitutionnelle, soit spéciale à certains organes, d’où il résulte évidemment que son emploi doit être modifié ou combiné avec d’autres moyens selon les circonstances, ou même qu’il doit être remplacé par d’autres agents thérapeutiques.

Page 1