‹ Thèse sur le chloroformeChapitre 9 sur 25 · I. — Procédé Soubeiran · texte numérisé non relu

I. — Procédé Soubeiran

Chlorure de chaux. . . 10 kilogrammes.

Chaux éteinte. 3 kilogrammes.

Eau. 60 kilogrammes.

On délaye le chlorure de chaux et la chaux dans l’eau, on introduit le lait calcaire qui en résulte dans un alambic en cuivre, qui ne doit être rempli qu’au tiers au plus; on ajoute 2 kilogrammes d’alcool à 85°. On adapte le chapiteau et un serpentin, et, les jointures étant bien lutées, on porte un feu vif sous l’appareil. Vers 80° il se produit une réaction très-vive, qui soulève la masse et qui la ferait passer dans le récipient, si l’on ne se hâtait d’enlever le feu. C’est le seul moment difficile dans l’opération. On est averti qu’il approche par la chaleur qui gagne le col du chapiteau. Quand celui-ci s’est fort échauffé vers son extrémité la plus éloignée, alors que les produits de la distillation ne se sont pas encore montrés, on retire le feu (sous ce rapport un feu de bois est plus commode). Quelques instants après, la distillation commence et marche avec rapidité ; elle se termine presque entièrement d’elle-même. Quand on s’aperçoit que l’action se ralentit, on rétablit le feu pour la soutenir. Bientôt tout est terminé. On le reconnaît à ce que les liqueurs qui passent ne possèdent qu’à un faible degré la saveur sucrée du chloroforme. C’est à peine si 2 à 3 litres de liqueur ont distillé.

On étend ce produit de son volume d’eau et l’on agite. Il se sépare en deux couches. La plus inférieure est dense et légèrement jaunâtre ; c’est du chloroforme mêlé d’alcool et souillé par un peu de chlore. La couche supérieure, plus abondante, est un mélange parfois laiteux d’eau, d’alcool et de chloroforme; du jour au lendemain, elle laisse déposer une certaine quantité de ce produit.

Si l’on fait plusieurs distillations de suite, le mieux est de reverser cette liqueur aqueuse dans la cucurbite, pour l’opération suivante, ou bien on peut la distiller au bain-marie avec les eaux de lavage. On

sépare le chloroforme par décantation, on lave par agitation avec de l’eau, puis, une autre fois, avec une faible dissolution de carbonate de soude, qui le débarrasse du chlore; on y ajoute du chlorure de calcium, et, après vingt-quatre heures, on le rectifie par une distillation au bain-marie, en ayant soin de ne pas pousser trop loin l’opération ; c’est dans le but de laisser dans le récipient un produit plus chloré, moins volatil, d’une odeur vive et stupéfiante, qui ôte au chloroforme de sa suavité, et semble être la cause de l’irritation et des toux qui ont été observées quelquefois (Mialhe et Soubeiran).

Dans l’aqtion de l’hypochlorite de chaux sur l’alcool, il se fait, en outre du chloroforme , de l’acide formique et du chlorure de calcium.

L’alcool forme :

Du chloroforme C a HCl 3 .

De l’acide formique C a H0 3 .

Mais par une action secondaire, l’acide formique est détruit par l’hypochlorite de chaux, avec dégagement d’acide carbonique; c’est ce qui cause la vive effervescence qui accompagne la réaction.

M. Duroy attribue la vive effervescence qui se produit au moment de la réaction du chlorure de chaux sur l’alcool à la formation d’une grande quantité d’oxygène.

La naissance de ce gaz indique pour lui la disparition d’une quantité équivalente de chore, lequel passant de l’étal d’hypochlorite a l’état de chlorure, ne peut plus entrer en combinaison avec les éléments de l’alcool pour produire du chloroforme.

D’après ce savant chimiste on peut dire, en négligeant les réactions intermédiaires, que ce gaz provient de l’acide hypochloreux et de l’oxyde de calcium.

L’acide et la base abandonnent chacun un atome d’oxygène et constituent du chlorure métallique.

C10,Ca0 = ClCa + 20.

La présence de l’oxygène est bien manifeste pour M. Duroy. Cet habile pharmacien, après avoir recueilli ce gaz et l’avoir bien lavé,

pour le priver du chloroforme qu’il retenait, lui reconnut toutes les propriétés de l’oxygène.

Ce procédé, tel que je viens de le décrire, est celui que M. Soubeiran indique dans son Traité de Pharmacie, dernière édition; il diffère un peu de ceux qu’il publia en 1831 et 1848.

A cette époque, M. Soubeiran négligeait l’emploi de la chaux.

MM. Laroque et Huraut-Moulillard furent les premiers qui conseillèrent l’emploi de cet alcali, pour éviter, autant que possible, le boursouflement qui se manifeste au commencement de l’action par la réaction du chlorure de chaux sur l’alcool.

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