SCÈNE IV
CICÉRON, TULLIE, licteurs.
TULLIE
Ah ! j'ai sauvé vos jours.
CICÉRON
Par vos secours , ô ciel ! ma vie est préservée ? Hélas ! c'est pour souffrir qu'elle m'est conservée.
38 CATILINA
Sans peine à la patrie en offrant le fardeau , Je mourais satisfait descendant au tombeau. Ne devrais-je la mort qu'à vos soins secourables ? Je renais aux tourmens de mes jours déplorables. Indigne rejeton d'un père infortuné, Hélas! à quel destin l'avez- vous condamné? Après l'indignité de ce cruel supplice, De votre opprobre encor faut-il que je rougisse? A mes tristes regards vous pouvez vous montrer ? D'un père au désespoir qu'osez-vous espérer? Epouse d'un barbare à qui le sort te lie, Et désormais des tiens l'éternelle ennemie, Ne vois-tu pas l'horreur d'un hymen odieux? T'es-tu caché ta honte offerte à tous les yeux ?
TULLIE
Je la vois comme vous, hélas! et sur mon crime Le temps n'a pas tardé d'éclairer sa victime. Pourquoi, si tard encor, n'a-t-il pu m'éclairer Avant que loin de vous je me fusse égarer ? Ah ! du moins , sans l'espoir d'en réparer la honte , Du reproche accablant que ma faiblesse affronte, Jamais le repentir à vos pieds gémissant N'eût imploré de vous un œil compatissant! Mon père, ah ! sous le poids d'une juste colère, N'accablez pas le fruit d'un remords salutaire ; Et ne condamnez pas l'heureux égarement Qui vous a par mes soins sauvé plus sûrement : Je lui dois le bienfait de protéger la vie Qui peut-être sans moi vous eût été ravie.