‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 121 sur 517 · LICTEURS · texte numérisé non relu

LICTEURS

CICÉRON

Traîtres î je vous retrouve à cette heure assemblés î Malgré mes soins pour vous vainement redoublés , Rome voit dans vos mains le glaive qui l'opprime !

C ATILI N A , rendant la coupe à l'esclave qui l'emporte.

Eh bien! que voyez -vous? Nous direz-vous quel crime Ont commis en ces lieux ces perfides Romains?

CICÉRON

Ils alarment l'état, qui connaît leurs desseins 5 Et ces préparatifs, dont l'aspect nous offense, N'ont que trop excusé sa juste défiance. Pourquoi cet appareil qu'ici nous détestons ?

CATILINA

Et vous-même , pourquoi ces injustes soupçons ? Ces doutes toujours prêts dans la paix, dans la guerre, A nous rendre garans du repos de la terre? Quand vous semez partout le trouble et la terreur , Que des maux de l'état votre oisive fureur Se plaît dans nos périls à vanter l'importance , Le stérile sujet d'une vaine éloquence , Accusez donc, ingrat ! ces Romains belliqueux, Touchés de vos malheurs plus qu'alarmés pour eux,

64 CATILINA

Après tant de soupçons , vous deviez- vous attendre A les voir de pitié s'armer pour vous défendre ? C'est vous dans vos besoins qu'ils venaient secourir j Us défendaient l'état que vous laissez périr.

CICÉRON

Vous , défendre ici Rome , à votre nom troublée Des fléaux renaissans dont elle est désolée ! Rome que livrerait mon aveugle pitié Au caprice nouveau de votre inimitié !

Ah ! loin que sa douleur , par vos soins adoucie , Attende jamais rien de votre âme endurcie, Abandonnez , cruel , ce fardeau trop ingrat Des soins officieux du bonheur de l'état. Heureux s'il se dérobe , encor qu'en sa détresse, A la fausse pitié de la main qui l'oppresse! On sait trop de quels soins vous êtes occupé , L'unique empressement dont vous êtes frappé , Les meurtres, les complots, votre suite éternelle 9 Et les assassinats que cette nuit recèle! Céthégus, en quels lieux vous faut-il découvrir, Et de quel crime ici me faites-vous frémir ? Fidèle aux nœuds sacrés du devoir qui l'attache , Votre épouse a trahi des secrets qu'on nous cache ; Et de ses ravisseurs son époux entouré A permis sous ses yeux qu'on s'en soit emparé ! Qu'en a-t-on fait enfin? êtes-vous leur complice? Et ne puis-je abréger l'horreur de son supplice ?

CÉTHÉGUS

Tullie ! infortunée ! et trop coupable époux !

Page 1