ACTE V, SCENE VI
Dans le même moment qu'aux transports de sa joie, Pour ses jours conservés il s'abandonne en proie; Et que, dans une nuit brillante de clarté, Le nom de Cicéron jusqu'aux cieux est porté. Mais ce qui va surtout étonner ce grand homme , Mais un bonheur plus grand que l'hommage de Rome , Catilina, tombé non loin de ce rempart, Semblait pour expirer n'attendre que César. Retranché dans son camp, de ses tentes voisines, Il menaçait encor le dieu des sept collines-, Et ce génie , armé pour nous donner des fers, Semblait un dieu lui-même échappé des enfers. Il menace , il foudroie, et dans Rome tremblante Renvoie, avec la mort, la crainte et l'épouvante; Mais à peine à ses yeux César a-t-il paru, Son courage étonné cherche en vain sa vertu; Des destins ennemis la fortune incertaine Se range alors pour nous avec l'aigle romaine. César ose aborder ce chef victorieux :
Il le presse, il l'atteint, il détourne les yeux; Et, des dieux qu'il servait empruntant le tonnerre, Sans juger pour quels coups , il l'étend sur la terre. A ce héros pourtant, en lui prêtant ma voix, Je crains de dérober l'honneur de ses exploits : Il accourt, et déjà vous en eût fait hommage, Sans la foule empressée autour de son passage ; Mais le voici lui-même.