SCÈNE IL TAURUS , THÉSÉE
TàURUS.
Eh bien î on va presser l'oracle solennel
Du tribut que la Grèce invoque à cet autel.
De ses plus chers enfans les cohortes en armes
Y viennent apporter leurs vœux et leurs alarmes.
Ici l'on va verser ce sang réparateur ,
De nos peuples rivaux heureux médiateur ,
A ces mêmes autels où vos fils vont se rendre.
THÉSÉE
Et vous vous obstinez encore à le répandre?
TAURUS
Et qui peut le soustraire encore à mon pouvoir?
THÉSÉE
Je ne dis plus qu'un mot, peut-être le devoir.
ao THESEE.
Sous le frein réprimé de sa chaîne indiscrète , Athènes , trop long-temps rivale de la Crète , Du sang d'un de vos rois a trop payé le prix : 11 est temps de borner vos superbes mépris -, Il est temps qu'à l'abri d'une longue injustice, De vos feux intestins la haine s'assoupisse. La nature n'a pas , dans ses emportemens , L'implacable rigueur de vos ressentimens ; Et ne craignez-vous pas qu'enfin débarrassée Du joug humiliant où vous l'avez forcée , Athènes , dans son sein , ne soulève un vengeur , Et ne l'oppose même à l'injuste oppresseur ?
tatjrus.
Vous , peut-être? à ce prix revoyant ces rivages Je vous vis toujours prêt à plaindre ses outrages ; Sans doute, de ses fers vous venez l'affranchir ?
THÉSÉE
Moi! que pourrais-je? hélas! je voudrais vous fléchir. Vous venez de ce peuple achever la conquête : Sans doute à vos rigueurs il faut qu'il se soumette. Je ne tenterai point le succès surprenant D'un triomphe sur vous qui vous semble imprudent. A vos fers enchaîné traînez ce peuple esclave 5 A l'effroi des vaincus soumettez qui vous brave. Puissent le Labyrinthe et son monstre étonné Ne point fermer d'effroi leur temple abandonné! Et moi-même , en effet, puissé-je mieux comprendre Le succès des efforts où l'on vous voit prétendre !