ACTE V, SCÈNE IV
HÊCUDE.
Quoi ! de la vie encor votre cœur désespère ?
POLYXÈNE
Père, mère, famille à mon cœur toujours chère, Sur la terre avec moi meurt votre souvenir-, Vous-même je vous fuis.
HÉCUBE
Cruelle ! vous me fuir ?
Je n'ai plus à trembler pour votre destinée.
A périr avec moi seriez-vous condamnée ?
HÉCUBE
Serais-je alors pour vous sans trouble et sans effroi ? Non , vous ne mourrez point, et je vivrai. Le roi , Ou le tyran qu'un fds peut seul nommer son père , Ne gêne plus l'espoir que l'amour lui suggère. Je viens de le frapper. Il est là.
POLYXÈNE
Qu'ai-je ouï ?
Et voilà quel espoir vous semble un sûr appui ?
HÉCUBE
Et doit ainsi que moi vous rassurer vous-même 5 Un roi s'empresse , et vole aux soins de ce qu'il aime.
POLYXÈNE
Hélénus ?
HÉCUBE
Reprenez un front plus radieux , Et cherchez des autels pour vous moins odieux,
7o HECDBE.
Où l'hymen vous attend, et non votre supplice. Hélénus va vous suivre, et triompher d'Ulysse.
POLYXÈNE
Madame, ah ! quelle erreur a pu vous aveugler ?
HÉCUBE
Vous en doutez ?
Hélas ! que ne puis-je parler î
HÉCUBE
Quoi donc ?
POLYXÈNE
Votre assurance ajoute à mes alarmes Ma gloire est de vous fuir et de cacher mes larmes.