SCÈNE VIII
POLYMNESTOR, gardes.
POLYMNESTOR
Quel nouveau langage !
Quel mélange confus de surprise et d'horreur ï Et quel est le présent que me fait sa fureur ? Ah ! l'égalant aux soins quelle m'a vu lui rendre, Je vois trop de ses dons ce qu'il me faut attendre. Pourquoi , déjà chargé de trésors prétendus, A mes côtés encor demandé-je Hélénus ?
Quels SOUpÇOnS ! (Découvrant Hélénus.)
Ah ! grands dieux ! sa rage sanguinaire N'a pu d'un trait plus fort percer le cœur d'un père. 0 mon fils ! que je tiens muet entre mes bras, Sa haine dans ton sein me porte le trépas. Cruelle ! de ces mers que va tenter ta rage , Attends que contre toi j'aie assemblé l'orage : Aux bords les plus lointains où s'étendent mes vœux, Puisses-tu d'Ilion voir rallumer les feux ! Puissent de tes malheurs tous ces tyrans complices Par ton supplice enfin finir tant de supplices ! Mais tu n'iras pas loin chercher d'autres revers : Un dieu plus fort que toi t'engloutit sur ces mers ; Et le ciel, qui devait ce prix à mon outrage, Me fait en ce moment contempler ton naufrage. Vous-même, sur ces bords, que l'enfer a vomis, Quels revers, rois cruels, vous sont enfin promis!
74 HÉCUBE
Ulysse encor dix ans sur la mer en furie , Et d'écueils en écueils cherche en vain sa patrie. Agamemnon, mourant aux bords qu'il a revus, N'a pu rompre la trame où ses jours sont tissus. Écoute, roi perfide ! un sinistre présage , Dont ta Cassandre en vain veut percer le nuage, Et dont à mes désirs les destins sont garans Gomme un bienfait promis à mes regards mourans.