ACTE I, SCÈNE II
Aujourd'hui j'en ai vu l'accès bien aplani , Votre cour sans laquais , tout le parc dégarni, Et pas même un concierge à la porte cochère.
DORIMONT
Non , ce faste à mes yeux n'était point nécessaire; A quoi cela sert-il?
Madame de R AIN VILLE.
Il est vrai.
DORIMONT
Des valets, Le nombre quelquefois nuit à nos intérêts.
Madame de RAINVILLE.
D'autres en trouveraient le service agréable.
DORIMONT
A quoi sert d'un grand train l'équipage impayable , Qu'à nous prêter secours lorsqu'on est sur les bras?
Madame de RAINVILLE.
A ce compte, marquis, beaucoup de gens sont las.
DORIMONT
J'ai renvoyé le mien.
Vous ne pouviez mieux faire,
DORIMONT
Oh ! j'ai fait en ces lieux une re'forme entière. Dans un vaste château loge' trop grandement , Je ne pouvais tenir dans un appartement, Je l'ai fait , sans façon , baisser de deux étages , Et brave la critique à l'abri des orages. Dans l'insipidité de mes jardins anglais Lassé de ne plus voir que de tristes bosquets, En jardins cultivés pour des plaisirs moins fades , J'ai planté, comme on dit, mes choux et mes salades. Du château, trop souvent visité des oisifs , J'ai masqué l'avenue en arbres bien massifs. Je me trouvais gêné dans une enceinte obscure : J'ai du parc à Fentour abattu la clôture ; Et de là, sans façons , avec de bonnes gens, J'aime à me promener en visitant mes champs. Enfin je fuis en tout, sans crainte qu'on me fronde Les plaisirs à la mode et les travers du monde, Et n'attend, croyez-moi, pour le fuir tout-à-fait, Que l'hymen qui rendra mon retour plus parfait. Pressez votre Eliante...
Madame de RAINVILLE.
Oh , bien plutôt vous-même Abandonnez, mon cher, ce dangereux système. Ce projet de retraite, en voulant réussir, Est un goût, croyez-moi, qui ne saurait tenir; Et du soin d'en guérir votre ame insouciante , On peut s'en reposer sur l'amour d'Eliantc.