ACTE IÏI , SCÈNE II
JI
Mais un défaut lai nuit : c'est qu'elle est trop jolie Pour que , de l'épouser, je fasse la folie.
Madame de RAINVILLE.
Si ce n'est que cela , le malheur n'est pas grand, Et vous ne tiendrez pas contre ce sentiment.
DORIMONT
Non; c'est sans plaisanter que je la trouve telle,
Et sérieusement je suis fâché contr'eîle.
A quel malheur souvent n'est donc pas exposé,
D'une jeune beauté , l'époux mal avisé ?
Quel ennui de tenir d'une main maladroite
Du jeune objet volage et que chacun convoite;
Et de le voir fixer, les regards éblouis ,
De cent adorateurs que ses yeux ont séduits !
Ma foi, beaucoup je crois m'en diraient des nouvelles,
Pour avoir désiré leurs épouses trop belles.
Madame de RAINVIIXE.
Je ne vous comprends pas : l'objet de vos refus, C'est sa beauté ?
DORIMOINT.
J'ai pris mon parti là-dessus; Et je n'épouserai que sur bonne assurance.
Madame de RAINVILLE.
En ce cas, je venais former votre alliance; Mais vous trouverez bon que je parte à l'instant.
l'original,
DORIMONT
Eh quoi ! sans me laisser respirer un moment? Attendez que, du moins, mon esprit se de'cide, Et laissez-moi former un jugement solide.
Madame de RAINVILLE.
Non point. Vous acceptez ou rompez d'aujourd'hui Et terminez d'un mot ce doute et mon ennui. Aussi bien vous montrez , s'il faut que je le dise , Des singularités dont je suis fort surprise, Et nous faites paraître, en raisonnant de tout , Comme dans vos desseins, l'erreur de votre goût. Mais quoi ! sur ce sujet faut-il que je vous gronde , Lorsque, trop aisément, il faut qu'on vous confonde? Adieu. Vous allez voir Eliante bientôt : Décidez , choisissez : c'est votre dernier mot. Elle est belle , jolie ; elle a l'art de vous plaire; Je laisse à ses attraits terminer cette guerre. Trop aisément sans doute elle va vous charmer; Et pour elle servir, vous-même, à vous armer.