SCÈNE IV
DORIMONT, ELIANTE.
DORIMONT
Vous voici ! je puis donc saluer vos attraits! Quel plaisir c'est pour moi de contempler ces traits! Cette grâce parfaite; et de pouvoir vous dire La joie et les respects dont je ressens l'empire ! Jamais amour plus vif n'admira tant d'appas! D'honneur! vous m'en croirez, je ne vous flatte pas. Et vous, commencez-vous à vous rendre plus sage , A prendre en ma faveur l'esprit du mariage? Ça, m'aimez-vous un peu?
Si je vous aime , moi?
Je n'ai pas eu le temps d'en bien juger , je croi !
54 l'original ,
DORIMONT
Allez , ne craignez-rien ; cela viendra de reste.
ÉLIANTE
Je n'y contredis point, monsieur, je vous raÙeste; Et je souhaite fort que cela vienne.
DORIMONT
Or sus, Pour s'en mieux assurer je ne vous quitte plus.
ÉLIANTE
C'est prendre assurément une peine inutile.
DORIMONT
Non ; l'amour veut des soins; aux champs et par la ville Je vous suis en tout lieu. Le monde est un grand hois Où les cœurs bien unis, divisés quelquefois, Par des brigands de nuit sont livrés au pillage. Contre ce vaste écueil combien ont fait naufrage ! Bals, dîners, comédie et cent plaisirs maudits, Comme lieux dangereux vous seront interdits.
ÉLIANTE
Mais le monde , Monsieur , a des plaisirs honnêtes Qui ne sont pas non plus ainsi que vous les faites, Quoi ! vouloir m'en priver?