‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 258 sur 517 · ACTE IV, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V

En attendant, ces lieux vont bientôt se remplir D'un tas de désœuvrés pressés de m'accueillir ; Sottement éblouis du plus commun usage ; Qui me ïoûraient, je crois, de porter un visage, Et qui demain, sans plus, me montreront au doigt, Quand de la confrérie enrôlé maladroit...

Sans concevoir pour vous un si triste présage, N'êtes-vous pas content, par ces plaisirs d'usage, D'assurer le lien qui doit vous rendre heureux, Et de donner enfin ce gage de vos feux? Si vous tardez encor, je crains , près d'Eliante , Qu'un rival plus heureux trop tôt ne vous supplante. Le marquis, auprès d'elle , est assidu , constant; Et, pour un cœur novice, il est entreprenant.

DORIMONT

A merveille! il le peut. Qu'elle aime sa personnel Non content des succès que le monde lui donne, Que ce beau monsieur-là vienne ici captiver Un cœur qu'à ma conquête il est fier d'enlever ; Des droits de cent beautés qu'il trompe une infîdelie, C'est un plaisir pour lui, qui peut l'être pour elle. Entre nous, cependant, je crains plus votre fils, Et crois contre les siens nos projets mal assis. Mais puisqu'enfin du sort l'aventure cruelle Me semble entre deux feux avoir mis cette belle , Que d'un danger pressant il la faut garantir, A l'hymen projette je veux bien consentir,

QO L ORIGINAL,

Et prétends , sans attendre une saison meilleure, Puisqu'il se fait enfin , qu'il soit conclu sur l'heure.

Madame de RAINVILLE.

Mais vous n'y pensez pas! songez auparavant Aux apprêts obligés d'un tel engagement, Aux amis, aux parens qu'il faut que l'on invite Et dont il faut d'abord recevoir la visite.

DORIMONT

Comment cette cohue, ici même, avant nous , Viendrait d'abord chasser sur nos plaisirs d'époux? Je vous l'ai déjà dit, vous retombez sans cesse Dans l'importunité d'un défaut qui me blesse: Je croyais là-dessus notre esprit mieux d'accord A ne point nous gêner , et vous le dis encor: Quand au nombre de gens que je crois nécessaire , Je veux absolument m'en tenir au notaire.

Madame de RAINVILLE.

Ce n'est pas abuser de la permission

Que vous avez d'agir sans indiscrétion.

De plus , après ces soins pour les gens qu'on estime ,

Il est d'autres devoirs d'un emploi plus intime,

Et dont, envers sa femme, un généreux époux ,

S'il se veut honorer, doit se montrer jaloux.

DORIMONT

Et lesquels? ah ! parlez ; En est-il que j'oublie ,

Page 1