ACTE I \ SCENE III
FONVILLE.
11 y a bien vingt bonnes années qu'il en est parti pour aller à Paris. Quand je le verrai j je ne le reconnaîtrai plus; je ne l'ai cependant pas oublié : c'était un homme de mérite.
PHOENIX
Oh! du plus grand mérite.
DESCHAMPS
Il est flatteur, ... xilt
FONVILLE.
Mais un de ces hommes distingués fait pour aller à tout.
DESCHAMPS, à part.
Allons, cela commence bien.
PHOENIX
. Il est devenu un sujet depuis qu'il a quitté le pays.
DESCHAMPS
Il a donc l'honneur d'être connu de vous ?
PHOENIX
Comment, l'honneur! c'est moi qui l'ai cet honneur. Nous sommes intimement liés : lorsqu'il était ici j'étais son meilleur ami.
DESCHAMPS , à part.
Je ne me souviens pas de cette liaison.
PHOENIX
Nous sommes en correspondance; il me donne souvent de ses nouvelles.
12 LES PREVENTIONS.
DESCHAMPS, à part.
Oh ! . . . c'est un de ces hommes qui sont toujours liés avec tout le monde.
PHOE^JX.
Lorsque je fus à Paris, j'allai le voir, il me reçut fort bien.
DESCHAMPS, à part.
Allons; tant mieux, il met de l'amour-propre à me connaître.
Il me promit bien de "hoisir ma maison pour demeure , lorsqu'il viendrait en province. Je suis mortifié qu'il ne m'ait pas amicalement chargé de l'honneur de vous recevoir.
FONVJLLE, àPhœnix.
Vous ne m'aviez pas parlé de votre intimité ! Ah. çà! les talents de Deschamps l'ont dû faire connaître à Paris , il a sans doute fait son chemin ?
DESCHAMPS, àPhceuix.
Monsieur n'est pas au fait de cela.
PHOENiX.
Depuis que nous ne nous sommes vus , il a dû arriver bien des choses.
DESCHAMPS
A-t-il pu négliger de vous l'écrire? Oh bien! vous saurez qu'il a fait une fortune.
FONV1LLE.
Ah! contez-nous donc cela.
deschamps , :» réjouissons auparavant des éloges que je ne
TTE f, SCÈNE III. i3
dois qu'à moi "' (Haut). Si vous voulez, nous en parlerons dans un autre temps.
FONVILLE.
Oui, vous arrivez, vous êtes pressé.
Pas absolument.
FONVILLE.
Puis-je vous demander quel est l'objet de votre voyage?
DESCHAMPS
Le but en est encoreJMoigné! je me détourne pour rendre quelque service à Deschamps , et puisque le sujet nous y ramène, nous pouvons parler de lui.
FONVILLE.
Il a ici une terre.
DESCHAMPS
Ah! une terre?
FONVILLE.
Oui , une terre où il est né ; cette maison était même à lui.
DESCHAMPS
Ah ! cette maison ?
FONVILLE.
Oui , cette maison où nous nous sommes vus bien des fois. Je l'achetai quand il partit ; j'ai encore un vieux domestique qui l'a servi.
DESCHAMPS
Ah ! un vieux domestique qui l'a servi ?
i4 LES PRÉVENTIONS.
Qui l'a porté dans ses bras !
DESCHAMPS
/ Ah ! qui Fa porté dans ses bras ?
PHOENIX , à Basset.
Mais il s'étonne de tout.
DESCHAMPS
Comment se nomme-t-il?
PHOENIX , à part.
Ah, oui ! c'est important à savoir.
FONVILLE.
Dubois.
DESCHAMPS
Il s'en ressouvient donc toujours?
PHOENIX , à Basset.
Qu'il est donc enfant !
FONVILLE.
Toujours. Mais ces détails doivent vous ennuyer.
DESCHAMPS
Non, ils me font grand plaisir, continuons de grâce. Que dit-on ici de Deschamps ?
Tout le monde en pense beaucoup de bien.
deschamps.
Et puis. . . .
FONVILLE.
Eh bien !
PHOENIX
On se ressouvient fort bien de lui.