ACTE III, SCENE IL
C'est l'offre dont mes vœux vous avaient prévenue. A mes désirs enfin vous êtes-vous rendue ?
ARIANE
Oui , seigneur, je m'y rends, et ne veux obtenir Qu'un service de plus pour vous appartenir.
TAURUS
Lequel ?
ARIANE
Eh bien! seigneur, c'est de plaindre mes larmes, De m'écouter , enfin de venger les alarmes Du cœur au désespoir le plus abandonné Que jamais au malheur le Ciel ait condamné. Que n'ai-je pas souffert! et de quelle injustice , Hélas ! puis-je du sort accuser le caprice ! Vous saurez mes malheurs , et , loin de cette cour, L'infortune du sang où j'ai puisé le jour; Vous me plaindrez.
TAURUS
Eh bien! que faut-il?
ARIANE
De Thésée, Pour prix d'une tendresse à mon âme imposée , A la reine , en ces lieux , apprendre le retour : Il est ici.
TAURUS
Thésée ?
ARIANE
En ce même séjour ;
42 THÉSÉE
Oui , Thésée , un ingrat , ce perfide, ce traître ! Et n'imaginez pas qu'en ce moment, peut-être , Je joue ici le rôle indigne , injurieux , D'une amante jalouse et vile à tous les yeux. Après les torts nouveaux dont l'ingrat est victime , Qu'ai-je besoin encor de lui trouver un crime ? Je devais à la reine expliquer ce secret : Je le dois à vous-même, et le même intérêt, Pour vouloir éclaircir le dessein qui le guide , Vous attachait assez à la mort d'un pe rfide. Plus tard j'en dirai plus.