SCENE I
D'OSMOND, madame D'OSMOND.
MADAME D'OSMOND
Oui, j'aurai cette place indubitablement: Je me carre déjà dans mon département.
Convenez que Valcour fait pour vous quelque chose, Et qu'il se prête bien à ce qu'on se propose. Oui, mon frère est charmant.
d'osmond.
Moi, je ne conviens pas De ce qu'il est, autant que vous en faites cas. Je vois sans m'aveugler ce que ceci me coûte., Et les fruits d'un hymen trop imprudent sans doute > Ma fille mariée à quelque aventurier; Car votre frère enfin a-t-il d'autre métier Que celui qu'à présent ici je lui suppose ? Et pour surcroît de maux , et pour la même cause, Mon fils abandonné, perdu, sans autre tort Que d'avoir au hasard abandonné son sort. Oui , le premier effet d'une union frivole Est de mes deux enfants le malheur qui m'isole. L'hymen, quoi qu'il en soit, est trop cher à ce prix,
i8 LE ROMANTIQUE.
Valût-il tous les biens que vous m'avez appris, Surtout quand ces faveurs, qu'on a peine à comprendre, Sont de celles qu'on risque en voulant trop attendre. Je me lasse à la fin d'attendre et d'aspirer Sans parvenir à rien.
MADAME D'OSMOND
C'est assez d'espérer.
Pressez par la faveur un succès difficile.
d'osmond.
Moi! que j'intrigue encor?
MADAME D'OSMOND
C'est là le grand mobile.
Faites-vous des amis chez les grands. Aux journaux Intriguez, pour avoir des articles bien faux, Bien louangeurs. Chez vous, par un usage antique, Ayez à vos dîners un auteur romantique. Dans vos discours souvent insinuez de biais Ce genre romantique innocent et niais, Mais utile pourtant à délivrer la France D'une littérature ennuyeuse et qui pense. Nous étions autrefois les martyrs des auteurs, Et ces petits messieurs, ennuyeux détracteurs, Sur le moindre défaut nous raillaient d'importance; Mais on ne raille plus, on rêve... ou bien l'on danse : On amuse aujourd'hui par un autre moyen; En effet, c'est charmant, car on n'y comprend rien. Comme un autre vantez le vague et les nuages; Perdez-vous dans des cieux de natures sauvages. C'est en prenant des gens et le goût et l'esprit, Et c'est en les flattant qu'enfin on réussit.