‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 428 sur 517 · ACTE III , SCÈNE VIII · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE VIII

caleb , reconnaissant Falkland.

Homme cruel ! retirez-vous.

FALKLAND

Tes fers ! donne-moi tes fers !

caleb , furieux.

Préparez-vous donc à porter le châtiment de voire odieuse persécution.

FALKLAND

Ah! Caleb, Caleb.

CALEB

Lutte terrible!... Ah! Falkland, qu'allez-vous faire?

FALKLAND

Me découvrir.

Y pensez-vous ?

CALEB

FALKLAND

Je vais dire à la terre entière : ce Falkland que vous honoriez, ce Falkland si jaloux des avantages d'une réputation vingt ans usurpée, c'est lui qui est souillé du sang de Tyrrel. Voilà ce monstre qui permit que l'innocence fut chargée de l'imputation de son crime ; vengez-la ; qu'un échafaud étale à tous les yeux son supplice et son infamie.

CALEB

Vous n'êtes point coupable , et l'erreur dont je suis victime est-elle donc la vôtre? Vous! songer à vous accuser? Ah! comment cette idée ne vous

4o FALKLAND.

a-t-elle pas effrayé? qu'allez -vous faire? que dira-ton de vous]? Vous livrer à la réprobation générale ! Renoncer en un moment à une gloire sans tâche ; vous déshonorer !

FALKLAND

Ah, mon ami ! combats pour cette réputation dont le témoignage a cessé de me soutenir. Va, ce mouvement de pitié que j'éprouvais pour toi sera bientôt passé. Déjà je sens renaître en moi la tyrannique passion qui me maîtrise. Moi! m'avouer coupable? moi î me déshonorer ! Le comte Falkland périr sur un échafaud ! Ah, jamais. Mais je n'en mourrai pas moins. Je mourrai couvert du voile de ton inno-^ cence et toi chargé de mon infamie. Caleb, quelle puissance t'arrachera de mes mains ? Je te laisserai périr.

CALEB

Pourquoi m'exagérer les difficultés d'un sacrifice qui n'a rien de pénible? Si vous saviez qu'il m'est doux de vous l'offrir. Si vous saviez que c'est pour moi une dette dont il ne m'est plus permis de me dégager. Vous dirai-je que tout ce qui vous regarde m'intéresse ? que le père d'Eugénie est pour moi un objet sacré? que dans le calme de votre maison j'avais osé élever mes vœux , jusqu'à l'aimer sans espoir ? Je ne sais à quel point ma position peut excuser un pareil aveu; mais votre pitié seule me l'arrache. Je n'en espère d'autre fruit que de vous voir accepter le sacrifice de ma vie, et me permettre de verser pour Eugénie un sang indigne d'elle.

Page 1