ACTE IV, SCENE L ht
TANCRÈDE
Olinde, dont ici vous plaignez les revers ! Clorinde à son nom seul vient de briser ses fers; Elle l'aime, et pour prix d'une amitié commune; De ce héros près d'elle arrête la fortune. L'arrêt en est porté; vous viendrez avec moi Vous joindre aux rangs sacrés des martyrs de la foi.
SOPHRONIE
A cet exil , ô ciel ! je serais condamnée ! Vous auriez approuvé ma triste destinée ? Je vous vois engagé dans ce jour malheureux Au barbare soutien de ce complot affreux. Dans son ambition vous soutenez Clorinde, En d'indignes liens vous laisserez Olinde, Et vous prêtez enfin aux pièges du démon; L'exemple dangereux de la soumission?
TANCRÈDE
Qui! moi, les soutenir?.,. Que ma vertu, madame,
Est loin de la surprise où vous jetez mon âme!
Par combien de combats n'ai-je pas résisté
Aux efforts malheureux de l'infidélité.
Un désir trop puissant m'excitait à les rendre !
Mais enfin, jusqu'au bout je n'ai pu vous défendre ;
Vous n'accuserez pas mon zèle infortuné
D'avoir fait contre vous ce que j'ai condamné.
Je viens à vos regrets exprimer mes alarmes
Et joindre en les plaignant ma douleur à vos larmes;
Mais prêt à réveiller le zèle de la foi 'En courant la défendre au camp de Godefroi. Si du sang des martyrs Sion désespérée N'a pu d'un joug si triste être enfin délivrée , Par la flamme et le fer en ces lieux je reviens Du sang de nos guerriers racheter les chrétiens.
SOPHUONIE.
Allez , et des chrétiens venez venger la cendre , Les pleurs qu'ils ont versés, le sang qu'on va répandre. Ramenez dans ces murs ce puissant Godefroi , Les bataillons du Christ, les drapeaux de mon roi. Je ne puis être ici témoin de sa conquête, Ni bénir les lauriers qui vont ceindre sa tête. Mais je mourrai pour vous, vous aurez combattu Pour l'enfant que du ciel la gloire a revêtu. Allez , lorsqu'en ces lieux témoins de mes prières, J'emplorerai pour vous la fin de nos misères.
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