SCÈNE IV
S0PHR0N1E, OLINDE, CLORINDE.
CLORINDE
Eh bien , verrai-je enfin cet innocent objet ,
Qui d'un tumulte étrange est ici le sujet?
Oui, Sophronieest libre , et des soins deClorinde
Ne doit le prompt éclat qu'à l'amitié d'Olinde.
Madame , profitez de cet heureux moment
Qui brise avec vos fers les fers de votre amant.
Avec la liberté recevez voire grâce
Du larcin criminel que ce jour vous retrace.
Vivez.
SOPHRON1E
Au nom de qui, dans mou trisîe abandon, Vous vois-je ici du ciel m'annoncer le pardon? Madame , avez-vous pu prendre sur vous l'offense D'un crime que poursuit la céleste vengeance? Au moins s'il vous permet d'apaiser son courroux, Ce n'est pas quant à moi ce que j'attends de vous. C'est à moi de mourir lorsque je suis coupable , Et je suis fière assez du crime qui m'accable.
CLORINDE
Et vous succomberiez à ces soupçons cruels
De l'idole enlevée au culte des autels?
Et vous n'attendez pas que ma voix vous pardonne
Un crime supposé qu'il faut qu'on abandonne :
Vous, Madame ?Ah ! grand Dieu, quel affreux désespoir
D'un supplice cruel vous peut fairy un devoir?
52 QLINDE ET SOPiffiONIE.
Vous ! courir au devant de cette mort cruelle ? Abandonner la vie où ma voix vous rappelle ! Mais Oiinde du moins recevra mes secours ; D'Olinde menacé je sauverai les jours ; Et je l'ai délivré.
OLINDE
Non, coupable avec elle, A sa punition je dois rester fidèle ; Et j'abjure en ses mains le pardon malheureux Qui séparant notre âme aurait brisé nos nœuds.
CLORINDE
Ah, cruel! ah! tous deux vous m'auriez donc trompée?
Ainsi de mon amour l'erreur est dissipée !
Et tu ne recevais les dons que je te fais
Que pour braver ici l'offre de mes bienfaits ;
Que pour t'en applaudir auprès de ma rivale
Et de mes vœux aux tiens mieux marquer l'intervalle!
Mais que vous serviront vos perfides projets ,
Qu'à mieux approfondir l'horreur de vos regrels?
Que vous sert de mes dons le refus téméraire?
OLINOE.
A me rendre ses maux et ma pitié plus chère !
sophronie .
A nous ouvrir la grâce et le pardon descieux. Imite notre exemple en ce jour glorieux ; Viens, et fuis du tyran l'impitoyable cause, Ou punis le refus qu'en ce jour on t'oppose!