‹ Thésée, ou, Les lois de MinosChapitre 50 sur 517 · ACTE IV, SCENE VI · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCENE VI

S'il est un ennemi que je doive accuser, Avec plus de constance on vous le voit pousser. Je veux contre Thésée armer la main d'un père; Je le vois plus hardi rire de ma colère. Grâce à vous , près de lui je l'en vois mieux assis ; Le roi dans un rebelle a reconnu son fils. Qui mieux que vous pourtant déclaré pour sa perte , Devait à la vengeance avoir son âme ouverte ? Qui plus que vous enfin , si plein d'amour pour moi , Devait mieux le punir d'un manquement de foi?

t a u RUS.

Moi ! j'ignorais avoir à servir votre haine , Et devoir vous venger de son âme incertaine. Quoi ! madame, Thésée a trahi vos transports? Ou peut-être, tout prêt à réparer ses torts , 11 vous aime encore.

ARIANE

Oui, prince, il m'aime, il m'adore; Un mot peut à mes pieds le ramener encore ; Et malgré cet amour prêt à l'abandonner, Peut-être en un moment je lui peux pardonner. Après cela, seigneur, servez bien sa tendresse; Secondez d'un amant l'injurieuse adresse , Quand aux torts d'un rival je veux bien ajouter, Et viens vous rendre un cœur qui veut vous écouter.

TAURUS

Moi, suivre en vous aimant d'autre ardeur que la mienne Mon amour n'aura plus de loi que votre haine.

64 THÉSÉE

Mais je vais l'éloigner : ce prince malheureux , Moins que vous ne croyez satisfait dans ses vœux, Va d'un départ fatal subir l'arrêt suprême. Accompagnez sa fuite , et vengez-vous vous-même. Je vous offre mes soins , et je n'ai point changé ; Je vous promets , ainsi que j'y suis engagé , Sur les vaisseaux crétois partis de ce rivage , Des bords athéniens un facile passage : Venez-y librement vaincre vos ennemis , Et recevoir de moi le sceptre et des amis.

A BIANE.

Ainsi , de vos secours et de votre vengeance Ma tendresse , seigneur , serait la récompense ?

TAURUS

J'osais à mes bienfaits en attacher le prix, Et ma haine peut-être eût suivi vos mépris.

ARIANE

Je vois , seigneur, je vois que je me suis méprise , Et que je tiendrais mal la foi que j'ai promise.

TAURUS

Par ce refus cruel répondre à mon transport, De la Crète à jamais c'est vous fermer le port.

ARIANE

Que m'importe, seigneur , la Crète et ses rivages ? Allez! à mon retour fermez tous les passages ;

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