ACTE V, SCÈNE VI
Vous m'avez de mon fils arraché l'espérance , Du fils l'unique appui qui manque à ma souffrance ! Mer barbare , à tes flots je viens redemander Uu dépôt précieux que tu n'as pu garder! Qu'avec lui , sans pitié , ta fureur m'engloutisse! Hâte une mort trop lente et préviens mon supplice ! Plexipe , dis-tu vrai ? quoi ! je n'ai plus de fils ?
PLEXIPE.
Oui , seigneur : croyez-en mes regrets attendris ^
Lui , qui m'avait chargé du soin de votre vie ,
Hélas! je sais trop bien que la sienne est remplie.
Occupé du départ des dons libérateurs
Que confiaient aux vents vos soins consolateurs ,
J'ai vu de son malheur une marque certaine :
Les destins ont trahi sa fortune et la mienne.
Dans un soulèvement, sa garde l'a livré
Aux flots dont son vaisseau s'avançait entouré :
Avec lui de nos fds a péri la jeunesse ,
L'élite des héros et l'honneur de la Grèce.
jEGÉE.
Honneur de tant de jours qu'un moment va flétrir, Du trépas dont tu meurs, mon fils, vois-moi mourir ! Sur ce même rivage où ta valeur succombe, Sur tes pas aujourd'hui je descends dans la tombe.
ARIANE
Seigneur, m'est* il permis de joindre à vos chagrins La voix de ma douleur ? hélas ! que je vous plains !
76 THESEE.
De vos pleurs pour un fils que la source est amère
iEGÉE.
Est-il quelque remède à la douleur d'un père?
ARIANE
Un seul que ma prudence écartera de vous. Le temps peut vous offrir un remède plus doux ; Je garde pour moi seule un funeste breuvage. Avant que dans mon sein j'en porte le ravage, Vous-même prévenant l'horreur des mêmes coups, Apprenez quelle main les réservait pour vous-, Et si votre âme enfin n'en est point obsédée , Sachez ce qu'il vous faut attendre de Médée.
( Ariane sort après avoir bu le poison. )