ACTE V, SCÈNE XII
« De la mort de mon fils voile affreuse de deuil, « Viens , accours, du vieillard sois aussi le cercueil ! » En achevant ces mots il embrassait la terre , Aux lueurs des éclairs , aux éclats du tonnerre ; Lorsqu'enfin de douleur je le vois expirer, Avant qu'un voile horrible ait pu se déchirer , Avant que dans son cœur votre nouveau message Ait, pour se faire jour, dissipé ce nuage. A sa vue, à sa voix , je le rappelle en vain : Son cœur s'était brisé sous le poids du chagrin.
T HÉSÉE.
Oh î funestes conseils d'une fausse prudence î C'est donc moi qui l'immole à ma vaine science l Il vivrait] sans l'appui des perfides secours Dont j'ai cru prolonger ses misérables jours!
HELLÉN JE.
C'est trop de vos regrets ranimer les alarmes ; Que l'ardeur de vos vœux tarisse enfin vos larmes ! Quel fils par plus de soins prouva mieux son amour , Et par plus de vertus mérita mieux le jour ? Rejetez sur les torts d'une femme cruelle La honte et les remords qu'elle traîne après elle.
PLE xi p E.
De ses desseins trompés fuyant le repentir , Médée, au désespoir, vient encor de partir. Elle monte, emporté vers des rives lointaines , Ce vaisseau par vos soins ramené dans Athènes , Et qu'au rivage en vain nous voulons retenir Parmi les feux, les vents , prêts à la soutenir ;
Les feux obéissans luttant avec les ondes , Et les vents déchaînés dans nos voiles profondes $ Le rivage ébranlé s'enfuyant sous nos pas , Et la foudre à nos yeux se brisant en éclats.
THÉSÉE
Puissent ses pas jamais n'aborder cette terre , Purifiée ainsi par les feux du tonnerre !
PLEXIPE.
Sur le même rivage expirée à l'écart, Et tournant vers le ciel un douloureux regard , Une femme à Taurus envoyait cette chaîne : Funeste monument d'une faveur trop vaine , Dont Thésée autrefois s'aida pour l'égarer , Et qu'au temple des dieux elle veut consacrer.
(Il remei à Thésée la chaîne d'Ariane, que le poète suppose être le fil dont elle s'était servie pour le tirer du Labyrinthe. )
THÉSÉE
Ariane! elle meurt?
H ELLE NIE
Faut- il que je l'apprenne ?
Vos bienfaits dans son cœur se tourneraient en haine !
THÉSÉE
Oui , consacrons aux dieux ces tristes monumens , De notre liberté les premiers fondemens -, Et par l'heureux hymen qui leur doit sa naissance , De la Grèce à jamais scellons la délivrance.
FIN
CATILINA
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES
IMITEE DE L'ANGLAIS