ACTE I, SCENE III
CÉSAR
César craindre et servir! Ce cloute est un outrage! Non, César d'un mortel ne peut tirer d'ombrage.
CATILINA
Crois-tu mes projets vains pour n'oser les servir ? Les mépriserais-tu ?
CÉSAR
Non , tu peux réussir ; Et nul sur plus de droits n'en fonda l'espérance, Si tu pouvais borner ta funeste imprudence. Et quel mortel jamais par des dons plus flatteurs Mérita mieux que toi ce pouvoir sur les cœurs? Grand, généreux, hardi, sensible, magnanime, Fait pour la mériter, pour attacher l'estime ; Va , ce n'est pas à moi de fermer mes regards Aux sublimes vertus qui parent tes écarts. Trop fait pour ressentir ces torts d'une grande âme, Je partage et je plains le courroux qui t'enflamme.
CATILINA
Tant de dons prodigués n'ont donc fait qu'un ingrat? J'espérais te gagner au bonheur de l'état-, Mais non , tu vas trahir i>on amitié trompée Au consul qui nous brave, au parti de Pompée > A Cicéron.
CÉSAR
César ne te trahira pas ; Il te peut immoler, mais c'est dans les combats! Je pourrais rompre alors une amitié suspecte , Et briser des liens que mon âme respecte.
io CATILINA.
Va, je haïs pins que toi cet accord trop ouvert Du consul qui nous brave et du héros qu'il sert. Pompée, accablant Rome aux rives de l'Euphrate, Est plus notre ennemi que ne Test Mithridate.
CATILINA
Sois donc le sien toi-même en t'unissant à moi : Aux comices unis viens lui donner la loi. N'ayant pu te séduire , ai-je au moins ton suffrage ?
CÉSAR
Va , je t'en ai trop dit pour oser davantage , Et tu ne peux sans crime entrer dans mes secrets. Mais, sansm'expliquer mieux, je puis voir sansregrets A quel point Rome un jour peut supporter un maître, Et j'apprendrai de toi peut-être à la soumettre.