CONJURÉS
CATILINA
César n'est point à nous : son cœur pusillanime Ne conçoit point, amis, l'ardeur qui vous anime. Gêné dans ses désirs, lent à se déclarer, Ce n'est que du vaincu qu'il veut se séparer, Prêt à se réunir au parti qu'il méprise Pour recueillir le fruit qu'aura votre entreprise. Triomphons sans son aide, et méritons sans lui Un succès qui déjà n'a plus besoiu d'appui.
Eh bien ! de Cicéron vous les venez d'apprendre, Les rapides progrès dont j'ai cru vous surprendre ?
26 CATILINA
11 avance un aveu que j'ai dû différer,
Et semble à nos desseins lui - même conspirer.
Mais ce qu'il n'a point dit , et qu'à sa vigilance
Cache encor le secret du plus profond silence ,
Mallius, dans nos murs secrètement conduit,
S'est des remparts de Rome approché cette nuit.
Prête à grossir l'élan de nos faibles cohortes,
Des soldats de Syila l'armée est à nos portes.
Ces fameux conquérans, dans les travaux blanchis,
Qui pleuraient les exploits qui les ont enrichis,
Forcés, dans leur exil, à dévorer leur rage,
De leur proscription viennent venger l'outrage.
Du fond de FEtrurie aux monts Apuliens ,
Tous ceux dont la discorde a dévoré les biens,
Amis de Marins, victimes de Pompée ,
Tous ceux qui regrettaient leur fortune usurpée,
Qui demandaient au ciel le toit de leurs aïeux
Devenu le butin d'un soldat furieux ,
Relevant dans nos champs leur superbe indigence >
De leurs libérateurs vont suivre la vengeance.
Tous ceux que du butin l'espérance enrichit ,
Que du frein du remords la misère affranchit ,
Ou dont la pauvreté , des trésors qu'elle ignore ,
Sans espérer beaucoup a moins à craindre encore :
Ces malheureux , privés d'un abri sous les cieux ,
Qui , partout étrangers, abondent en tous lieux ,
De leurs flots populeux viennent inonder Rome,
Rome dont aussi bien la perte se consomme ,
Où de tant d'ennemis les fragiles liens
Nous font des conjurés de tous ses citoyens.