CONCLUSIONS
I. Eu égard à la propagation recliligne des rayons X sans léfiaclion ni diffraction, les silhouetles cju'ils projelteni ne présentent pas de singularités qui ne soient présentées aussi par les silhouettes que projette la lumière. Les apparences de franges de diffraction que l'on obtient parfois disparaissent, comme plusieurs autres illusions, quand on restreint suffisamment le diamètre apparent de la source des rayons X. L'épanouissement d'un pinceau de rayons au delà d'une fente étroite, qui est, dans tous les cas, un critérium très sûr de la diffraction, ne s'est pas présenté pour les rayons X, si fines qu'aient été les fentes employées et si éloignée qu'ait été la plaque sensible enregistrant la trace du pinceau de rayons. Les rayons X transmis par quelques mèti es d'air ne peuvent, d'après la perfection de leur propagation recliligne, renfermer de vibrations dont la longueur d'onde atteigne le millième de micron. 11 en résulte qu'on peut expliquer les singularités de l'optique des rayons X en tenant compte de la discontinuité de la matière et imaginant que ces rayons sont formés d'ébranlements soit transversaux, soit longitudinaux de l'étlier ayant des longueurs d'onde notablement inférieures à la dislance des particules matérielles dans les (orps solides ou licjuides. Celle hypothèse ondulatoire rend sulïisamment compte des phénomènes qui accompagnent la propagation des rayons X à travers la matière.
IL Pendant cju'un faisceau de rayons X se propage en ligne droite à travers un corps jusqu'c^ une profondeur variable à la fois avec la nature du corps cl celle des rayons, chaque élément de matière situé sur le trajet du faisceau émet en tous sens dis rayons analogues dits secondaires jouissant des propriétés principales des rayons X : piopagalion rectiligne, dissémination nouvelle et pioduelion de rayons deux fois dissémines dils lertidiics, action sur
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les couches sensibles pholographîques , illumination des platinocyanures, décharge des conducteurs éleclrisés.
Tous les corps émetient des rayons secondaires dont les pouvoirs de pénétration varient avec la nature des rayons X incidents et avec celle des éléments chimiques qui entrent dans la composition du corps étudié, sans que l'état physique paraisse influer sensiblement. Dans le cas au moins de métaux lourds, tels que le cuivie, le zinc, le fer ou le niehel, Vétain, le platine ou le plomb, et des corps qui en renferment, les rayons secondaires émis sont moins pénétrants (|ue les rayons X générateurs et ne peuvent sortir du corps que si l'élément de matière d'où ils émanent est assez voisin d'une surface libre, en particulier de la surface d'entrée des rayons X, ou de la surface de sortie. Le phénomène de l'émission secondaire ne peut alors elle comparé h une difi'usion élective; c'est une véritable transformation des rayons X en rayons moins ])énétrants. L'émission tertiaire provoquée par des rayons secondaires peut fournir de même des rayons tertiaires encore moins pénétranls que les rayons générateurs.
Les faisceaux de rayons X jusqu'ici employés se comportent comme un mélange de rayons simples de pouvoirs de pénétration assez divers. Un faisceau de rayons secondaires excité par ua faisceau de rayons X, qui frappe un coups mèiue simple, est éminemment complexe. Si le corps renferme uu élément tel que l'un des métaux lourds déjà cités, le faisceau secondaire émis lenfcrme des layons secondaiies tiès transformés plus absorbables que les divers rayons simples du faisceau incident.
L'ordre dans lequel ces métaux ont élé nommés jouit, d'après les diverses expériences, des propriétés suivantes : chaque métal émet des rayons secondaires plus transformés, plus absorbables et plus actifs cjue ceux des métaux qui le précédent, supposés frappés par le même faisceau de rayons X; c'est l'ordre des pouvoiis de transformation
iGo G. SAGKAC.
croissaiils ei des acii viles secondaires ciois>aiUrs. Pour chaque faisceau secondaire, les rayor»s les plus actifs sonl les plus abs()ibables. Pour le fer, Je nickel et les métaux suivauls, les rayons doués de la plus grande activité élecirique ou radiograplnque sont arrèlés par des cou( lies d'air dont l'épaisseur descend au cculimèlre, au luilliniètre et même au-dessous suivant les rayons simj)les considérés et suivant la nature du métal; les rayons X qui excitent ces layons secondaires si peu pénétrants traversent, au contraire, sans affaiblissement sensible les mêmes épaisseurs d'air et aussi des épaisseuis beaucoup plus giandes.
Le pouvoir de transformation d'un métal vis-à-vis des rayons X paraît distinguer ce métal d un autre métal, saut quand les poids atomiques sont assez voisins (Pb et Pt) ou <pie les métaux sonl des éléments clnmicpies analogues (Fe et ]Ni). L'élude de Taclion éle(lri(jue d'un C()rj)s frappé par l< s rayons X permet d'y n connaître la présence d'une petite (juantilé d'un éb'nieiil très aciii par rapport au corps d^ns lequel il est disséminé, [)ar exemple le cuivre, le fer, dans rainminium.
L émission secondaire inurvient dans Tétude de la transparence des corps pour les rayons X : en général, la distance du récepteur électri(jue ou pliolograpbicjue à une lame donnée influe sur la trans[)aience apparente de celte lame pour les rayons X ^ dans le cas de deux ou plusieurs lames superposées de matières dillérentes, l'ordre de superposition indue aussi. On élimine c^es anomali(^s et l'on observe vraimetrl la transparence de la lame ou du système de lames en plaçant l'électroscope on la plaque pbotograpbi(jue assez loin des lames étudiées pour recevoir senlennnt les ia\ons X, (|ui les travei-seiii en ligne droite, ci j)as scnsd)lenient les layoïrs scîcondaiies, (jui «•manent en tous sens d(> la face de sortie (l(;s rayons X. (lelu; inlln^rnc; des rayons secondaires esi bien moins impoi tante (piand le r<'cepl<'nr' (.'st itn ('cran luminescent.
OPTIQUE DES 11A.Y0NS DE RONTGEN. iGl
Les rayons secondaires rendent les gaz qu'ils Iraverseiit conducteurs de l'électricité à la manière des rayons X. Quand un conducteur est frappé par les rayons X, l'action des rayons secondaires sur le gaz adjacent au conducteur augmente la conductibilité produite dans ce gaz par les rayons X. Cet eiïel secondaire électrique suffit à interpréter les diverses particularités de l'influence propre au métal dans le phénomène. La réunion d'un certain nombre de circonstances permet de comprendre comment l'action propre du métal a pu paraître localisée à la surface du métal, aux divers pbysiciens qui l'ont étudiée sans apercevoir l'influence des rayons émis par le métal. La grande importance de l'action propre d'un métal lourd dans le pbénomène de la décliar ge s'explique par la grande activité des rayons secondaires du métal, qui sont bien plus absorbables par l'air que les rayons X incidents ei, à égalité d'énergie, y développent une conductibilité considérablement plus grande. L'action pliolograpliique des rayons secondaires présente d'assez grandes analogies avec l'action électrique des mêmes rayons; elle favorise aussi beaucoup l'action des rayons secondaires les moins pénétrants. Celte particularité est bien moins marquée pour l'action de luminescence. Tout indi(jue que, si l'on mesurait bolomélriquement l'énergie des rayons secondaires, comme MM. Doin, Sclioeps, E. Ruilierford et R.-K. Mc.-Klung ont mesuré celle des rayons X,elle serait considérablement plus faible que celle des rayons X générateurs et passerait inaperçue quand les rayons secondaires seraient mélangés avec les rayons X qui les excitent. En particulier, il faut se souvenir que la transformation des rayons X en augmente l'activité au point de permettre de déceler la présence de rayons X très pénétrants dont l'activité pourrait passer inaperçue.
Tandis que les rayons ultra-violets étudiés jusqu'en 1900 ne dissipent sensiblement l'électricité que lorsqu'ils frap- S. II
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))eiu un conducteur éleclrisé négaliveincnl et n'ont pas d'aclion sur les gaz, les layons secondaires, comme les rayons X, ont une action directe sur les gaz. Quelques si rignlarilés de l'action des rayons X ou des rayons secondaires s'interprètent bien en faisant intervenir les vitesses et les forces vives que les charges électriques, libérées dans le gaz par les rayons, piennent sous l'influence du cliamp électrique; il peut se produire, dans certains cas, des phénomènes analogues aux phénomènes cathodiques, qu'ils permettent de généraliser beaucoup. L'opposition entre l'action des rajot)s X ou des rayons secondaires et celle des rayons ultra-violets dans les phénomènes de décharge n'est d'ailleurs qu'apparente : le professeur P. Lenard a, en effet, montré récemment que les rayons ultra-violets extiêmes, au-dessous de la longueur d'onde oE^,2, absorbables par quelques centimètres ou queK|ues millimètres d'air, suivant leur longueur d'onde, rendent les gaz conducieurs de l'électricité à la manière des rayons X, et, dans certains cas, déchargent sensiblement av(c la même vitesse les corps positifs ou négatifs.
L'ensemble des faits conduit à considérer les rayons secondaires issus delà transformation des rayons X comme des rayons X très peu pénétrants, peut-être intermédiaires entre les rayons X des lubes mous de Rontgen et les rayons ultra-violets extrêmes. Toutefois il est certain qu'une ])artie des rayons secondaires des métaux lourds échappe à cette dernière analogie; tandis, en clfel, que ni h's rayons ultra-violets, ni les rayons X ne sont électrisés, les rayons secondaires des métaux lourds renferment, dans leur partie la j)lus absoibable, un rayonnement d'électricité lu^galive analogue aux rayons cathodiques et aux rayons déviabics du radium, aussi ])eu pénétrant que les premiers et, pour cette raison, difficile à étudier ailleurs (jue dans h; vide de Crookes; ces rayons secondaires électrisés correspondent, dans l'histoire
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des rayons X, aux rayons cathodiques encore plus absorbables que la lumière ullra-violelte excite en fiappant les métaux, et que le professeur P. Lenaid a récemment étudiés dans le vide de Grookes; l'existence des rayons secondaires électrisés fournit ainsi une nouvelle analogie entre les rayons X et les rayons ultra-violets.
En résumé, la perfection de la piopagation rectiligrie des rayons X sans diffraction, ni réfraction sensibles, le taractère surtout atomique de l'absorption cjuils éprouvent et de l'émission secondaire en tous sens qu'ils provocjuent en rencontrant la matière, sont les traits essentiels de leur oplicjue. L'ensemble des faits est particulièi enient favorable à l'hypothèse d'après laquelle les rayous X seraient formés d'ébranlements ultra-rapides de l'éther et seraient peut-être des rayons ultra-ultraviolets. Quel que soit d'ailleurs l'avenir réservé à cette hypothèse, le fait que divers éléments chimiques transforment les rayons X en une série de rayons secondaires, très différents des rayons générateurs par leur pouvoir de pénétration beaucoup plus faible et par leur électrisation négative, fournit la plus caractéristi(jue des relations entreles rajons X et la matière. L'élude des rayons secondaires dérives des rayonsX permet ainsi de préciser la nature des rayons X.
Vu et approuvé :
Paris, le 17 novembre 1900.
Le Doyen de la Faculté des Sciences, G. DARBOUX.
Vu et permis cl' imprimer :
Paris, le 17 novembre 1900.
Le Viciî-Rectelu de l'Académie de I*auis, GRÉARD.