OPTIQUE DES RAYONS DE RUJNTGEW. I I
avec une autre lame de quailz Q également perpendiculaire à Taxe, et j'ai comparé, à l'aide d'une plaque photographique ou d'un écran au platinocyanure de baryum, les intensités des rayons de Rontgen transmis par le système Qd et par le système conligu Q^. Si, par exemple, le qjuartz Q est droit, le système Ç)d, formé de deux quartz de même signe, est susceptible déjouer pour des vibrations transversales circulaires le rôle que les tourmalines parallèles jouent pour les vibrations lumineuses reclilignes, tandis que le système Q^, formé de deux quartz superposés de signes contraires, est l'analogue des tourmalines croisées; s'il y a dichroïsme circulaire, le premier système doit être plus transparent que le second. Pour éviter toute erreur accidentelle, j'ai pris pour lame de quartz supérieure Q une seconde bilame dont je plaçais la ligne de collage AB en croix avec la ligne de collage ab de la bilame inférieure </, et je vérifiais avec soin l'égalité d'intensité des rayonstransmis à travers les zones opposées Aa et BZ>ou AZ»etB<7; j'étais ainsi sûr que les quartz comparés étaient bien également transparents lorsqu'ils étaient du même signe. Une ditférence d'intensité entre deux zones adjacentes, telles que A« et BZ>, n'aurait pu, dans ces conditions, provenir que du dichroïsme circulaire pour les rayons de Rontgen. Cette ditïérence m'a toujours paru nulle (').
Une méthode indirecte pour rechercher la transversalité des rayons de Ptontgen consiste à observer la lumièie de fluorescence émise normalement par une lame cristalline
(') Cette méttiode réussirait sans doute pour la lumière avec les tartrates doubles colorés de M. A. Cotton : avec un bon dispositif photométrique, on pourrait constater une légère différence d'intensité entre la lumière qui a traversé une épaisseur convenable e de tartrate, droit
par exemple, et celle qui a traversé une épaisseur - du même tartrate
droit, plus une épaisseur - du tartrate gauche correspondant. L'expérience sera frappante et tout à fait comparable à celle des tourmalines croisées le jour où l'on aura découvert un corps possédant à un degré suffisant le dichroïsme circulaire.
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parallèle sous l'iiiiluence des rayons de Rontgen. Les composantes des vibrations incidentes parallèles aux deux sections principales de la lame cristalline pourraient être inégalement absorbées par le cristal, d'où une inégalité des composantes vibratoires poui" la lumière émise, qui serait alors polarisée. 3 'ai observé la lumière émise normalement par diverses lames parallèles de platinocyanures et j'ai trouvé qu'elle est polarisée comme si le cristal était soumis à l'action de la lumière ultra-violette ou visible. Par exemple, le platinocyanure double de litliium et de potassium fournit dans un analyseur biréfringent deux images, dont l'une est bleuâtre et à son minimum d'intensité quand l'autre est rougeâtre et à son maximum^ les intensités et les colorations des deux images s'échangent quand on tourne d'un angle droit la lame cristalline dans le plan de sa face ou bien l'analyseur. Le phénomène est bien dû au dichroïsme du cristal puisque la lumière émise normalement à la lame cristalline ne peut pas être polarisée par réfraction. Seulement, il peut a prioii èlve dû non seulement au dichroïsme pour les rayons de Rontgen absorbés, mais aussi bien au dichroïsme pour les rayons lumineux émis. Justement le platinocyanure double de lithium et de potassium est un cristal coloré diclir()ï(|ue poui- la lumière qu'il émet par fluorescence; il polarise la lumière par émission connue il la polarise par absorption. En conq)arant divers platinocyanures, j'ai trouvé cpie la polarisation de la lumière émise sous l'influence des rayons de Rchilgen s'aflaihlit ou disparaît en même temps que le dichroïsme optique du cristal. l'Jle ne m'a jamais paru dépendre d'un phénomène de dichroïsme pour les rayons de Ronigen ( ' ).
(•) Depuis (juc j'ai fait ces dernières expériences, j'ai appris que ]M. Srhinidt, dans un travail sur la fluorescence polarisée, avait déjà dit : « Sous l'inllucncc des rayons de Rontgen, les cristaux de platinocyanure de baryum se connporlent comme s'ils étaient éclairés par la iuiiiièrc. M {IVicd. Anna/en cl. Pliysih-, l. lA, note de la p. \'\\\ 1897.)
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Ainsi l'absorption des rayons de Ronlgen, à l'opposé de celle des rayons lumineux, se montre indépendante de la structure cristalline de la matière. Elle ne paraît pas d'ailleurs varier sensiblement quand on passe d un corps compact au même corps pulvérisé, ou bien d'un composé au mélange correspondant, pris en couches de môme densité superlicielle. II convient de rapprocher ces deux ordres de faits en disant que l'absorption des divers corps pour les rayons de Ronlgen présente un caractère principalement atomique. Les corps doivent leur absorption pour les rayons de Ronlgen aux éléments plus ou moins absorbants qu'ils renferment; les éléments les plus absorbants sont le plus souvent ceux qui ont un gros poids atomique ou une grande densité; les éléments les plus transparents sont le plus souvent ceux qui ont un faible poids atomique ou une faible densité; ainsi le plomb, le platine et leurs sels sont parmi les corps les plus opaques; l'aluminium, le magnésium, le caibone, l'azoïe, l'oxygène^ l'hydrogène, — le mica, les verres à basede potasse et chaux, la [paraffine, l'eau, sont parmi les plus transparents.
4. Illusions diverses. — De telles dillerences entre la propagation des rayons de Ronlgen et celle des rayons lumineux pouvaient faire penser que les deux espèces de rayonnements sont de natures essentiellement distinctes.
Plusieurs observateurs crurent, en effet, avoir découvert des phénomènes établissant formellement la distinction. Je citerai, en particulier, la déviation et le dédoublement des rayons de Rontgen au voisinage de conductc^urs métalliques (' ) ; la déviation magnétique des rajojis de Rontgen élecfrisés (-)^ qui semblait rapprocher les rayons de Rontgen des rayons cathodiques ou des rayons de Lenard ; enfin
(') En particulier : Mauritius, Wied. Aiinalen d. Physik, t. LIX, p. 346 ; 1896.
Ç') Lafay, Comptes rendus, t. CXXII, p. 718 et 809; 1896. — De Me.tz, loc. cit., t. GXXllI, p. 17 et l^-id; 189G.
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des cas de difTiaclion conduisant à altribueraux rayons de Ronlgen étudiés des longueurs d'onde parfois identiques à celles de rayons calorifiques ou lumineux déjà connus (^), bien différents cependant des rayons de Rontgen, ce qui semblait apporter un argument en faveur de Fliypotlièse des vibrations longitudinales proposée par Rontgen dans son premier IMémoire (-).
J'avais eu, antérieurement, l'occasion d'observer les phénomènes qui ont donné lieu à ces interprétations et reconnu qu'ils se produisent aussi bien pour la lumière; ils dépendent seulement de la propagation rectiligne des rayons et des propriétés des couches sensibles photographiques. Je classe ces phénomènes en deux groupes distincts : les uns sont relatifs aux déformations singulières des silhouettes^ les autres sont relatifs aux maximums et minimums apparents d'éclairement (^).
5. Déplacements et déformations des silhouettes . — Des silhouettes voisines semblent souvent s'attirer, se déformer mutuellement à distance. Ces apparences variées, souvent inattendues, se présentent seulement dans le cas où la source rayonnante a un diamètre apparent notable, que ce soit d'ailleurs une source de lumièie ou une source de rayons de Rontgen*, elles peuvent être groupées autour du cas fondamental de la silhouette d'un objet disposé en totalité ou en partie dans la pénombre d'un objet antérieur.
Si, entre un corps opaque A {ffg- i) et une source
(') En particulier: Kïjmmell, Abhandliuigeii der Naturf. Gesell. zu Halle, t. XXI. Voir ci-après note i de la p. 27.
(2) HoNTGEN, Wied. yinnalen d. Physik, l. L\IV, p. 11; i8()S.
(■^) Depuis qin; j'ai coinmunirjué ces expériences sur les illusions qui accompagnent la formation des pénombres (en même temps que des rcclierches analogues sur la vision) dans la séance de la Société française de Physique du i5 janvier 1897, et que j'en ai publié un bref résumé (dans le Journal de Physique, 3° série, t. V^I, p. 169; ifi97), mes remarques ont été reprises par M. HoïLi {Lincei du 3 janvier 1897), et surtout i)ar M. G. -II. \N ind {cf. note 1 de la p. 2^1).