FORMES-LEVURES
Je dois signaler encore un fait intéressant : c’est le nombre considérable de /ormes-levures que l’on rencontre dans ces conditions. Dans les flacons de certains laboratoires surtout, on trouve très souvent cette forme spéciale. Pour certaines espèces, ce n’est là qu’un mode de multiplication rapide, et si l’on change les conditions de la vie, on voit ces levures modifier promptement leur forme et passer à l'état de filaments mycéliens, pourvus ou non
d'organes reproducteurs. De ce nombre est par exemple une forme-levure que j'étudierai plus loin, et qui donne très facilement de remarquables pycnides : de ce nombre aussi la forme-levure étudiée par Laurent, et que j'examinerai avec le Dematium pullulans. Mais en réalité, ce ne sont point là de vraies levures, pas même des formeslevures, mais plutôt des spores à comparer soit aux stylospores des pycnides, soit aux conidies. Ces fausses levures de Dématiées sont très souvent aptes à se cutiniser, parfois après division en deux ou même en trois, el à constituer ainsi des Æypnospores. Elles n’amènent aucune fermentation. Leur forme est allongée, leur couleur en masse est blanc jaunâtre, quelquefois rouge.
Mais les solutés et eaux distillées donnent d’autres formes-levures intéressantes, dont je ne poursuivrai pas l'étude dans ce travail, parce qu'elles se sont montrées très peu aptes à varier. Ce ne sont point non plus de vraies levures, puisqu'elles n’amènent pas de fermentation, et n'ont d’ailleurs aucun des caractères des Saccharomycètes : mais elles ne semblent pourtant faire partie du cycle d'aucun champignon connu, car malgré toutes les varialions dans le substratum, je n’ai pu obtenir le moindre changement dans la forme ; tout au plus chez deux ou trois d'entre elles s'est-il fait une ou deux fois des sortes de sclérotes stériles, ou quelques filaments peu consistants.
Ces levures sont fréquentes : leur forme est souvent arrondie, tout à fait sphérique, plus rarement ovoïde ou allongée en bâtonnet; elles se multiplient avec une grande rapidité soit sur les lamelles des cellules, soit dans les tubes où elles forment un épais dépôt.
Chez quelques-unes, la taille varie beaucoup. Chez d’autres elle est régulière. La couleur en est aussi très différente vue en masse (blanc crême, jaune, brune, rose ou rouge vif). Dans la plupart des milieux chimiques elles se développent mal ou même pas du tout. Sur les milieux nutritifs solides, elles prennent à s'y méprendre l'aspect de certaines
végétations bactériennes et l'examen microscopique est nécessaire pour les distinguer.
L'une de celles que j'ai trouvées le plus souvent végète en petits mamelons saillants, tantôt comparables à des . grains de semoule, tantôt rappelant l'aspect de certaines cochenilles hémisphériques qui seraient appliquées sur la pomme de terre par leur face plane. D'autres s'étendent en une couche humide qui envahit rapidement toute la surface de la pomme de terre. La plupart, lorsque la dessiccation arrive, pâlissent et prennent un aspect crétacé blanchâtre. Aucune d'elles ne paraît amener de fermentation. Les dimensions, la tendance à s’agencer quelquefois en filaments, ne permettent pas la confusion avec des bactéries.
C'est une étude spéciale à faire, étude que j'ai laissée momentanément de côté : mais je ne pouvais pas passer sous silence ces curieux champignons si fréquents dans les milieux chimiques.