DANS LA SÉRIE DES VERTÉBRÉS PREMIÈRE PARTIE
Anatomie et Physiologie du Cœur dans la série des Vertébrés.
Dans la première partie de ce travail, je me propose de décrire le cœur des diverses classes des Vertébrés. Je commencerai par les Amphibiens. L'étude du cœur des Poissons trouvera sa place dans une autre partie.
Je n'ai ni l'intention ni la prétention d'être complet, et d'embrasser toutes les variétés, tous les cas particuliers: ce sont des types que j'ai le désir de présenter pour en faire le point de départ et l'objet de l'étude comparative, qui est mon but principal. Je ferai de chacun de ces types une étude détaillée ; non point qu'elle n'ait été faite déjà et qu'il reste beaucoup à y ajouter ; mais on sait combien les descriptions dépendent de l'esprit qu'on y apporte , et j'ai besoin, pour éclairer et légitimer mes conclusions, de mettre en relief quelques particularités peu remarquées et qui acquièrent de l'importance par les résultats auxquels elles conduisent.
Les procédés d'étude que j'ai employés sont assez variés, et du reste déjà connus ; la plupart avaient pour but de me permettre d'étudier les cavités du cœur à l'état de distension.
On injecte du suif dans les cavités cardiaques; on plonge pendant quelques jours dans l'alcool l'organe ainsi préparé, et puis on le met à sécher. Quand il est sec, on pratique des coupes, et l'on plonge les parties dans
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? ANATOMIIO ET l'IlYSIOLOdlE.
l'essence de ténibenthine chaude. Le suif csl dissous, et les cavités du cœur, distendues, sont mises à nu avec toutes leurs inégalités. Par ce procédé, les rapports généraux sont conservés sans doute, mais la dessiccation a sur les saillies et les trabécules des parois cardiaques, dont j'espère démontrer l'importance, une action atrophique, dirai-je, qui altère jusqu'à un certain point leurs proportions et leur aspect. La méthode anglaise est préférable à ce point de vue : elle consiste à injecter dans le cœur de l'alcool rectiflé, et à plonger cet organe ainsi distendu dans ce même liquide. Les parois du cœ.ur se durcissent, et l'on pratique alors sur elles des ouvertures ou des coupes convenables pour en étudier les cavités.
A ces deux moyens, employés aussi parBriicke, j'ai ajouté les injections pour corrosion, qui ne m'ont donné des résultats intéressants que lorsqu'elles n'étaient pas trop parfaites. Dans le cas contraire, en eflet, la matière à injection, reçue par les alvéoles superficielles très-distendues, formait une couche spongieuse presque continue et qui masquait les lacunes principales situées plus vers le centre.
J'ai usé aussi d'un procédé de distension qui convient surtout dans les cas où il faut vaincre une forte résistance. Par un tube de caoutchouc ou de verre, j'ai rempli le cœur de mercure, et je l'ai soumis à la pression d'une colonne de hauteur variable selon le degré. de résistance dont il était susceptible. J'ai laissé ensuite cet organe se dessécher sous l'influence de cette pression constante. Quelques cœurs ont été aussi préparés suivant les procédés ingénieux du D' Brunnetti.
Ces moyens d'étude, qui consistent à durcir le cœur à l'état de dilatation, ont leurs avantages sans doute , mais ils présentent quelques inconvénients. Aussi leur ai-je joint dans tous les cas et quelquefois préféré l'étude directe des cavités du cœur ouvert, à l'état frais, ou après une coction légère, ou bien encore après une macération plus ou moins prolongée dans l'alcool affaibli. Ce dernier mode d'examen, qui m'était souvent imposé par la nécessité où j'étais d'étudier des pièces conservées dans l'alcool, m'a paru avoir de grands avantages sur l'étude des cœurs trop distendus.
En effet, si la distension est, d'un côté, très-utile pour l'appréciation des dimensions et de la forme des cavités et des parois du cœur, surtout chez les Reptiles, où les parois cardiaques sont très -spongieuses ; d'un autre
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côté, cette distension a l'inconvénient d'exagérer la capacité des cavités et les diamètres des orifices de communication, de donner aux ouvertures une étendue hors de proportion avec les diamètres de leurs valvules, et de présenter en définitive le cœur dans un des moments les moins intéressants de la circulation cardiaque, c'est-à-dire à l'état de repos.
Les cœurs examinés sans distension préalable, ou même légèrement revenus sur eux-mêmes par un séjour dans l'alcool ou par une coction trèsmodérée, présentent un groupement de leurs parties à la fois plus heureux et plus propre à donner une idée juste des relations des cavités entre elles, de leurs proportions et de leurs formes. Ce mode d'examen m'a permis do ne pas me perdre dans les détails, de saisir l'ensemble et la direction générale des saillies et des vacuoles, et d'étudier le cœur fixé pour ainsi dire dans sa période d'activité, c'est-à-dire de systole. La plupart des cœurs que j'ai fait représenter m'ont servi à ce dernier mode d'examen. Je suis bien aise d'en instruire le lecteur, pour le prévenir contre l'étonnement qui pourrait résulter pour lui de la comparaison de mes figures avec celles de Briicke. Ces dernières donnent une idée exacte de la structure essentiellement spongieuse des parois du cœur chez les Reptiles écailleux, tandis que la plupart des dessins 'qui accompagnent mon travail représentent ces parois affaissées et compactes. Par contre, dans mes figures, les saillies principales sont relativement plus accentuées et plus apparentes , et les compartiments de premier ordre plus distincts : c'est là un avantage qui n'est pas sans valeur pour l'étude que je vais entreprendre.
On pourrait me reprocher de ne pas avoir employé dans mes expériences les appareils enregistreurs nouveaux, qui donnent des résultats si remarquables et si précis. A ce reproche je puis répondre que j'ai fait quelques essais dans ce sens; mais que, comme j'opérais sur des animaux relativement petits, l'outillage dont je pouvais disposer ne s'est trouvé ni assez complet ni assez sensible pour me permettre de considérer les résultats que j'ai obtenus comme sulDsants et dignes d'être publiés. J'ai préféré attendre que de meilleures conditions me permissent de rechercher dans ce mode d'expérimentation un contrôle précieux des résultats que m'ont fournis d'autres moyens d'investigation.