SCENE PREMIERE HILDEGARDE, IRÈNE
HILDEGARDE
Le roi m'aime? le roi va venir? ce soir même? Dans ce château?
Ravie :
Mon Dieu I le roi de France m'aime I
Moi, petite comtesse inconnue et qui n'ai Pour compagnons au coin de l'âtre abandonné Que les regrets de voir, hélas! mes tristes charmes Par le deuil d'un époux se faner sous les larmes ! Mais non! des yeux plus vifs rattachent à la cour, Et mes regards éteints n'allument pas l'amour.
Avec dépit :
Oh! j'aimais le défunt et ne conteste guère Sa douceur au logis ni sa bravoure en guerre (Dieu le fasse parmi ses élus resplendir!); Mais je crois qu'il est mort exprès pour m'enlaidir.
IRÈNE
Soit! la reine sera laide, comme une rose.
IIILDEGARDE
Reine ! quel joli mot!
IRÈNE
Moins joli que la chose.
UILDEGARDE
Mais le serai-je, hélas!
IRÈNE
Eh! vous le savez bien.
niLDEGARDE
Parle-moi comme si je ne soupçonnais rien.
Le désir de te croire à tel point mè dévore
Que tout ce que je sais, je veux l'apprendre encore.
Sachez donc que, le mois passé..
HILDEGARDE
Quel joli mois!
IRÈNE
Il se fil à Bordeaux des bals et des tournois Parce qu'on avait eu sur l'Anglais la victoire.
HILDEGARDE
Ajoute que le roi s'était couvert de gloire,
IRÈNE
11 s'en était couvert, incontestablement.
Vous étiez de la fête, il vous vit, un moment,...
HILDEGARDE
Que béni soit le ciel qui m'inspira l'idée
De mettre ce jour-là ma robe d'or brodée
Et mon hennin, couleur de miel, à coins d'argent!
IRÈlNE
11 vous aima...
HILDEGARDE
Pourvu qu'il ne soit point changeant?
IRÈNE
Et dit : «-Quelles que soient sa fortune et sa race, a Celle-ci sera reine ! »
11 faut que je t'embrasse !
66 THÉATRK EN VERS
IRÈNE
... Puis, grave et n'ayant rien, hors vous, qui lui fût cher, Se fit river au bras un bracelet de fer.
Jurant de ne quitter, esclave, cette chaîne, Que vos yeux, par merci, ne Paient tiré de peine.
IIILDEGARDE
Le beau vœu !
ntÈNE
Ce soir donc...
UILDEGARDE
Ce soir!
IRÈNE
Dès que la nuit
niLDEGARDE
joie! aucun astre ne luit!
IRÈNE
... Malgré Thiver, malgré les Anglais dans la plaine, Notre sire...
niLDEGARDE
De quel orgueil j'ai Tâme pleine 1
... Sous un déguisement, sans pages ni valets, Lui I le roi!...
HILDEGARDE
Je te fais comtesse du palais !
Sera bien sombre..
IRÈNE
... Mettra son eœur qui tremble aux genoux de ma dame!
niLDEGARDE
enthousiaste
Ah! déjà, sous les plis de la bleue oriflamme
Où frissonnent les lys comme un essaim vermeil,
Je me vois en habits de soie et de soleil
Présider les hasards des valeureuses joutes !
On se bat! Le vainqueur qui m'honore entre toutes
S'approche, et je lui tends ma bague ou mon collier,
Fière, avec l'agrément du Roi, mon chevalier!
IRÈNE cérémonieuse
Dieu garde de soucis notre dame la Reine!
mLDEGARDE
- solennelle
Dieu vous garde, comtesse !
Dans un éclat de rire :
Ah! folles!
R<:'fléchissant :
Mais, Irène.
Pourquoi l'heure nocturne et le déguisement?
IRÈNE
II veut qu'on aime en lui non le roi, mais l'amant.-- Par bonheur ses amis, de peur qu'on ne l'évincé. Dans l'obscur amoureux vous dénoncent le prince. Vous l'avez vu d'ailleurs : est-il jeune? est-il beau?
UILDEGARDE
Quand on voit la lueur, prend-on garde au flambeau? J'aime son diadème et non pas son visage.
Ah! certes, on connaît des sottes dont l'usage Est de laisser ouvert le chemin de leur cœur Aux ruses des deux yeux baissés avec langueur, Et plus d'une, enfantine et futile, raffole D'un propos qui scintille ou d'un plumet qui vole. Ma fierté, qui ne fait que ce qu]elle a voulu, N'est pas de ces oiseaux qu'on prend à cette glu; Libre, je fais captif l'oiselier qui me guette, Et je suis le miroir plutôt que l'alouette.
Puis, ce cœur triste où vit encore mon époux -Trouve son deuil moins fade et ses regrets plus doux Que la vulgaire joie où l'amour nous entraîne...
Inébranlable :
Mes pleurs ne tariront que dans des yeux de reine!
Un son de trompe, au loin.
Qu'arrive-t-il ?
IRÈNE
à la fenêtre
Madame, on a baissé le pont.
Un homme entre.
HILDEGARDE
Je tremble î
IRÈNE
Il parle, on lui répond, Et l'un des serviteurs le guide vers le porche.
DILDEGARDE