HILDEGARDE, IRÈNE, HENRI
Henri s'arrête sur le pas de la porte, avec un air superbe, entre quatre grands valets qui portent des torches allumées. Il n'a ni chapeau, ni épéo. Trentecinq ans, l'air d'un soldat de fortune; barbu, une cicatrice au front, assez beau d'ailleurs. Il n'a qu'une botte.
DENRI
L'aventure est sinistre autant que ridicule!
Il fait quelques pas en avant.
Je voyageais. On crie! et mon cheval recule.
Qui va là? Des voleurs, douze ou quinze environ.
Ils prennent mon cheval, — tant mieux 1 c'est un poltron ! —
Mais je suis renversé dans la fange et barbotte.
L'un tire mon manteau, l'autre en veut à ma botte
Pour la boucle, qu'il croit en or, Técervelé!
Un tiers me prend ma bourse et ne m'a rien volé,
Car elle contenait deux écus, l'autre année!
Pour ma dague, je crois la leur avoir donnée,
Et quiconque reçut dans le cœur ce présent,
Bien qu'il ne fût point d'or le jugea suffisant.
Bref, demi-nu, tremblant de colère et de honte, Je gagne cette porte et je Vous fais ce conte, Et réclame, glacé par la pluie et le vent.
Votre hospitalité jusqu'au soleil levant!
HILDEGARDE
Soyez le bienvenu. Je me nomme Hildegarde.
Mon époux étant mort, sa gloire est sous ma garde. Donc, entrez et dormez, sans peur de trahison. Dans cette seigneurie et dans cette maison ; Car du seuil discourtois à qui demande asile Avec l'hôte éconduit c'est l'honneur qui s'exile.
Henri va vivement vers Hildegarde pour la remercier, mais elle lui fait une profonde révérence et se dirige avec solennité vers la porte, à droite. Henri demeure étonné.
Comment le trouvez-vous?
HILDEGARDE
Très beau !
Se reprenant :
Puisqu'il est Roi.
Elle sort Henri va vers Irène, mais celle-ci lui fait une cérémonieuse révérence et suit Hildegarde.
IRÈNE
Ma foi, prince ou manant, il me plairait, à moi!
Elle s'échappe.
THEATRE EN VEHS