‹ Thétre en versChapitre 28 sur 96 · HEP^RI · texte numérisé non relu

HEP^RI

D'abord, écartons ces flambeaux!

HILDEGARDE

Po-urquoi? ^ .,

N'avons-nous pas vos yeux, qui sont plus beaux!

niLDEGARDE

Laissez! mes yeux de veuve ont les larmes pour voiles. Nous serions dans la nuit.

HENRI

Nous aurions deux étoiles !

Ils prennent place.

UILDEGARDE

bas à Irène

H est charmant!

IRÈNE

Déjà!

niLDEGARDE

Je le trouve charmant Parce que c'est le roi.

IRÈNE

Pour cela seulement?

HILDEGARDE k Henri

Vous êtes grsind flatteur.

HENRI

Moil j'ai peur de paraître Bien brutal au contraire avec mes airs de reître. Les vaillants, comme leurs armures, sont de fer ; Ils traînent un estoc qui sonne d'un ton fier, Et, brusques, et le front creusé de quelque entaille, Aux plus tendres propos mêlent de la bataille. Nous effrayons Tamour !

HILDEGARDE

Mais non. Nos faibles cœurs Ont des facilités à se rendre aux vainqueurs, Et si Ton nous surprend d'aiguilles occupées C'est qu'elles ont la forme aimable des épées.

HENRI

Vous parlez pour complaire et c'est de vos bontés.

HILDEGARDE à Irène

J'en dis trop, mais les rois veulent être flattés.

HENRI

NonI nous sommes aflreux! mais nous sommes fidèles. Le respect des faveurs rend nos cœurs dignes d'elles.

78 THEATUE EN VERS I

Nous sommes ceux qui vont de combats en combats, Jamais vaincus, forçant les champions à bas . D'avouer dans la lice où fume leur sang tiède !

Qu'en vertu toute belle à la nôtre le cède. 1

Quand l'une de nos mains hausse et brandit le fer. L'autre presse une fleur, souvenir frêle et cher, Du parfum d'un baiser tout enivrant encore. i

Nous crions: «Mort! massacre! » en pensant : « Je l'adore I» '

Et nous briguons l'honneur d'être invincibles, non Pour qu'à ceux des héros se mêle notre nom s

Ni pour que dans les camps, chez les races futures, j

On célèbre en chansons nos belles aventures.

Mais pour qu'à nos désirs, notre dame, en retour De beaucoup plus de gloire, offre un peu plus d'amour!

niLDEGARDE "j

Ceîîe qu'on aime ainsi n'est pas fière sans causes !

A Irène :

Irène, tu sens bien que si je dis ces choses...

IRÈNE

Oui, oui.

DILDEGARDE

Toutes n'ont pas ce glorieux bonheur !

HENRI

Toutes? non.

A part :

Je suis donc un bien grand suborneur?

A Hildegarde :

Dans nos contraires seuls trouvant d'assez doux charmes, C'est aux grâces d'enfants que nous rendons les armes.

Les compagnes qu'il faut à ces durs compagnons Ont des airs délicats, ingénus et mignons ; On pourrait d'une main enlacer leur ceinture, On les enlèverait d'un doigt sur sa monture.

Si de nous suivre en guerre il leur prenait souci ; Elles ont le front pâle et le sein pâle aussi. Mais la lèvre écarlate à tromper des abeilles. En un mot, mes pareils adorent vos pareilles. Et les petites mains déchirent les grands cœurs !

Il veut lui prendre la main.

BILDEGARDE

Que faites-vous?

HENRI

J'ai donc mérité vos rigueurs?

HILDEGARDE

Je ne dis pas cela, Messire.

A Irène :

Il va bien vite!

IRÈNE

C'est le roi !

HENRI

Mon aveu sincère vous irrite?

HILDEGARDE

Non pas, mais...

Étourdie :

C'est trop tôt!

HENRI à pari

Diable I je pars demain.

Haut :

C'est trop lard 1

HILDEGARDE

S'il vous plaît, soupons.

HENRI

Je n'ai plus faim.

HILDEGARDE

Parfois le vin joyeux d'un souci nous délivre, Ne viderez-vous pas ce verre ?

HENRI

Je suis ivre.

niLDEGARDK à Irène

Ai-je trop

résisté?

IRÈNE

Parlez-lui.

Beaucoup trop. D'un ton doux

HILDEGARDE

Vous rêvez, Messire?

HENRI

A votre époux!

^st-il bien mort?

^ HILDEGARDE

Hélas! Messire.

UENRI

L'imbécile !

Hildegarde s*éIo|gDe, un peu irritée.

Pardon! je deviens fou — près de vous, c'est facile. — Convenez avec moi du moins qu'il a grand tort Puisque, vivant, il vous possédait, d'être mort. Il faut lutter avec le trépas quand on aime.

Si j'avais été lui, non, la mort elle-même N'aurait pu me contraindre à quitter mon trésor. Entre mes mains d'époux'je vous tiendrais encor, Petites mains de neige aux doigts légers et frêles Qui font sous mes baisers des sauts de tourterelles...

HILDEGARDE à Irène

Me fâcher'ai-je?

IRÈNE

Non.

HENRI

Je vous verrais encor, Bras pâles où mon souffle éveille un duvet d'or, Et vous, qu'aux bleus saphirs de l'Inde je préfère, Doux yeuxl

UILDEGARDE à Irène

Qiie ferais- tu?

IRÈNE

Je me laisserais faire.

Tremblante, Hildegarde s'assiecf. Henri s'agenouille. HENRI

Et, tandis que, vaincue a'près un doux combat, Votre coeur frémirait autant que le mien bat. Cette rose qui craint de s'ouvrir, cette bouche Qui du baiser voisin s'enivre et s'effarouche, Sous ma lèvre tremblante oublîrait son effroi 1

UILDEGARDE

Hélas i je nose pas résister, c'est le roi!

HENRI

Hildegarde! ah! cette heure est belle comme un rêve ! Mais, dites, ce baiser qui dans les cieux m'enlève Et qu'au nom de l'époux ma bouche vous ravit. Est-il bien pour l'amant, qui t'adore et qui vit? Vous vous taisez? Grand dieu! que faut-il que je croie? Oh! parlez-moi! j'attends le supplice ou la joie. Je réclame à genoux ou le ciel ou l'enfer!

Agenouillé et le front courbé, il tend les bras vers elle, comme un suppliant. Lentement elle se tourne vers lui. Souriante et rougissante, elle va parler. Tout à coup elle recule, épouvantée.

HILDEGARDE

Juste ciel! il n'a pas le bracelet de fer !

Elle disparaît derrière la tenture, à droite. IRÈNE

Ce n'était pas le roi I

Elle s'échappe par la porte du fond.

Page 1