‹ Thétre en versChapitre 46 sur 96 · LES NONNES · texte numérisé non relu

LES NONNES

Oh î oui, oui

ORLANDA

Soit.

Voyons. Que te

plaît-il d'apprendre?

Tout!

C'est

tropl

CUIARINA ORLANDA

CUIARINA

s'osseyanl aux pieds d'Orlanda

Vous vivez à la cour?

ORLANDA

A la cour.

CHIARINA

Près de la reine! Elle est belle comme le jour?

ORLANDA

Oui, belle. Tiens, on dit — mais c'est une folie — > Que nous nous ressemblons.

CHURINA

Oh I comme elle est jolie!

Plus bas :

Et c'est vrai qu'elle a des... amoureux?

ORLANDA

Je le crois.

CHIARINA

aux autres nonnes qui approuvent

C'est bien le moins, quand on est reine !

A Orlanda :

Deux OU trois?

ORLANDA

Non i point tant!

CHIARINA

Le bruit court...

ORLAT<fDA

C'est qu'on la calomnie !

Des gens qui convoitaient son trône Tout honnie Parce qu'elle est frivole et que c'est son désir Que le chêne royal ait pour fleur le plaisir, Et pour quelques baisers qu'elle a donnés peut-être... Le crime est-il si grand?

GEIIARINA

Puisse je le commettre!

FRANCfcSCA

-On dit aussi — cek nous épouvante un peu — Qu'elle tient pour Luther, le renieur de Dieu !

ORLANDA

Elle est bonne chrétienne et maudit cet Hérode, Ce Judas! Seulement Luther est à la mode, Comme les chaperons qu'on met sur le côté!

Elle n'a pas le cœur méchant ni révolté ; Elle dit : je veux bien, aussitôt qu'on la prie; L'hommage qui lui plaît surtout, c'est qu'on sourie. Argent, titres, emplois, quand elle n'a plus rien, La blâmer de ne plus donner, ce n'est pas bien. Même, à ce grand pouvoir qui fait la paix, la guerre, Puisqu'on veut le lui prendre, elle n'y tiendrait guère Si ce n'était joli d'être reine à vingt ans!

Quelqu'un m'a raconté qu'un jour, — c'était le temps Où Louis le douzième et Ferdinand d'Espagne Tenaient avec le pape et les ducs la campagne, —

Des cardinaux venus en pompeux apparat

— On voulait que la reine à la ligue adhérât —

La virent qui jouait dans de jolis tapages

Sur les marches du trône avec ses petits pages ! <

CHIARINA

Elle a d'autres plaisirs, je m'imagine?

ORLANDA

Ouil Comme le goéland par un phare ébloui A tout ce qui rayonne elle vole, et s'y brûle Avec des délices! Son aïeul, le duc Hercule, De mille oiseaux brillants, arc-en-ciel envolé En joyaux, se faisait un diadème ailé.

Et sentait, disait-il, ses tristesses guéries A voir rire un brasier rose de pierreries.

Elle tient de Taïeul d'adorer ce qui luit :

L'aspérule des bois et l'astre de la nuit.

Le bonheur sans égal dont elle s'émerveille C'est quand, le soir, comme un jour plus clair qui s'éveille, La belle fête heureuse aux royaux escaliers Allume les flambeaux et les yeux par milliers, Et que tous les regards, dans toute la lumière Qui réclaire d'abord, l'admirent la première ! • Ohl les douces rumeurs : « Dans l'éclatant gala, Rien ne vaut la dentelle ou le ruban qu'elle a ; Sa façon de traîner sa longue robe est telle Qu'elle est d'une déesse et non d'une mortelle ; Elle fait, en parlant, un mouvement de cou, Comme une oiselle, et si joli qu'on en est fou! >> Mais ce qui la ravit surtout, c'est que l'on dise Que pour la grâce lente ou pour la mignardise

Dans la danse mêlée ou les pas à Técart, Pour montrer à propos sous un flot de brocart Le petit soulier d'or dont la pointe étincelle, Nulle dame ne vaut la reine, et qu'elle excelle A faire, après un tour que suit un demi-tour, La révérence au son des violes d'amour!

CHIARINA

Elle danse! Mes sœurs, la reine danse ! et dire

Que pour gagner le ciel, — où, sans doute, j'aspire! —

Moi qui sens tous les bals en moi se trémousser»

Je dois n'avoir, hélas! d'autre maître à danser

Que le roi David, en peinture, devant l'arche l

Résolue :

Madame, instruisez-nous!

ORLANDA

après uHe petite résistance, vaincue par les cajoleries des nonnes, et faisant comme elle dit

Pour commencer, on naarche Très lentement, la dame au bras du cavalier Posant le gant.

CHIARINA

Je suis la dame!

ORLANDA

Il doit plier Le genou devant elle, et même il est d'usage Qu'il feigne delui prendre une rose au corsage Ou de lui dérober à la lèvre. un baiser.

LA REINE FIAMMETTE ibl

Chiarina s'est ayancée :

Mais la dame refuse !

CHIARINA

Ah ! Ton doit refuser?

ORLANDA

Puis, partant du pied droit, tous deux, on marche encore. . .

S'arrêtant :

Sans musique, c'est bien gênant !

CBIARINA

J*ai ma mandore 1

Elle va la prendre derriôre une statue do sainte. ORLANDA

Donne donc !

Pinçant les cordes et faisant les pas :

L'air est tendre, et si doux, que Ton n'a Qu'à récouter...

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