‹ Theveneau de Morande; étude sur le 18e siècleChapitre 27 sur 55 · les Mémoires secrets, 3 avril lyS · texte numérisé non relu

les Mémoires secrets, 3 avril lyS

MORAXDE ET CAGLIOSTRO. irjS

homme; c'est un Français très méchant, qui attaque, il est vrai, un autre méchant homme, M"" Linguet. Il le connoît très bien, quoiqu'il dise ne l'avoir jamais vu, et le peint à merveille. Il est surtout question dans ce pamphlet de son Histoire de la Bastille, et de sa détention dans cette prison. Le défenseur du ministère de France se décèle sans doute^ non seulement pour n'être pas Anglais^ mais même pour ne pas sentir la dignité de son être, en approuvant une captivité qui, fût-elle motivée sur des délits avérés, devient injuste dès qu'elle est illégale. Au principe près^ il dit des choses assez judicieuses. On y en rencontre qui ne peuvent guère lui avoir été suggérées que par le ministère. Une anecdote que l'écrivain saisit avec complaisance, qu'on avait regardée comme une fablCj acquiert plus de vraisemblance, puisque M" Linguet s'est déclaré ouvertement et à toute outrance l'apologiste de l'Empereur dans l'affaire de l'Escaut. Cette anecdote consiste dans l'envoi, fait par le journaliste à ce souverain, de mémoires politiques qui pourroient bien contenir le germe de réclamations que nous avons vu éclore depuis. L'obstination de l'autcin- du pamphlet à vouloir attribuer à cette cause la punition de M'^ Linguet, prouve de plus en plus qu'il étoit soufllé par l'autorité, qui ctoit

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bien aise de se disculper d'une détention qu'on avoit regardée généralement comme accordée à la vengeance du maréchal duc de Duras. La ■violence de la brochure fait soupçonner que le sieur Morande en pourroit être l'auteur. On y verroit alors tout naturellement le germe de la querelle entre ces deux journalistes, et l'opinion qu'on y annonce de la poltronnerie de M*^ Linguet expliqueroit l'audace de son ennemi à l'outrager aussi fortement qu'il l'a fait. De quelque part qu'il vienne, ce pamphlet est curieux et se fait lire avec avidité. »

Le Courrier de l'Europe contient aussi, dans les numéros de septembre à décembre 1786, les plus violentes attaques contre cet étrange personnage de Cagliostro ', qui a si vivement intéressé les romanciers et les amateurs du mer-

I. Grimni, dans sa Correspondance, parle assez longuement de Cagliostro (t. X, p. 448). Il raconte qu'on l'a cru successivement valet de chambre du comte de Saint-Germain, puis rils d'un directeur des mines de Lima. « Un jour qu'on le pressait, chez Mme la comtesse de Briennc, de s'expliquer sur l'origine d'une existence si surprenante et si mystérieuse, il répondit en riant : Tout ce que je puis dire, c'est que je suis né au milieu de la mer Rouge et que j'ai été élevé sous les ruines d'une p3'ramide d'Egypte; c'est là qu'abandonné de mes parents, j'ai trouvé un bon vieillard qui a pris soin de moi; je tiens de lui tout ce que je sais. Credat aller, conclut le sceptique Grimm. »

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