MORANDE ET CAGLIOSTRO
sieur Cagliostro avant son arrivée en France. Et de suite, sans désemparer, le libelliste vénal, aux gages de la cour de France, consacre, dans presque tous les numéros de son journal, depuis le i" septembre jusqu'au i" décembre 1786, une longue série d'articles à salir, à calomnier et à ridiculiser l'ami du cardinal de Rohan et le protégé du Parlement.
Après avoir traité de fables ridicules les récits, d'ailleurs suspects, du charlatan sur sa mystérieuse naissance, Morande afHrme que Cagliostro était tout simplement Napolitain et fils d'un cocherdu duc de Castropignani ', nommé Cicho. Devenu ensuite valet de chambre du fameux Graccy, plus connu en Italie sous le nom de Cosmopolito, il aurait appris de son maître plusieurs de ses remèdes; puis, s'étant séparé de lui , il aurait visité l'Espagne, l'Italie, la Russie, sous diverses incarnations, tantôt colonel espagnol, tantôt colonel prussien, ici comte, là marquis, et toujours charlatan. En 1771, on signale sa présence à Londres, où il
I. Il esi bon de remarquer que les prétendues révélations de Morande sur la naissance et les aventures de Cagliostro semblent en partie copiées sur le mémoire produit en avril 1786 au nom de la comtesse de la Motte. Ce mémoire a pour objet de rejeter sur Cagliostro toute ta responsabilité des manœuvres imputées à la comtesse et au cardinal de Rohan.
, ov^uo ic uuiij ae £>aisù convaincu d'escroquerie, ir de King's Bench et condar ' dame Fry un collier de bri
tière dW. qu'il s'était fait
femme crédule. Morande r
rivée de Cagliostro à Strasl
bre 1780; là il gagne la con
Sarrazin en lui donnant une
nir père, et fait d'innombi
blouissent l'étalage pompeu
envers les pauvres et la singu
res; enfin, le journaliste prêt
n'était nullement l'initié de h
égyptienne, mais qu'il avait
Londres, en 1777, dans la lo
où ne se réunissaient guère
petit état, cordonniers, perr
A l'appui de son dire, Morai
petite pièce de vers assez eu
tête d'une estampe qui représ
émanait d'un frère maçon. L
Né Dieu sait où, maintenu Di
MORANDE ET CAGLIOSTRO, soi
Sous un faux nom. Enfanl de l'imposture, Il dit : • Je souis le fils de la nature; Voyez en mol l'innocent Acharal, Fénli, Anna, le marquis de Harat; Je fus dou bien, j'ai l'âme carilable; J'ai le secret de rendre l'or potable.
Je guBrris loui avec mon Balsamo; Ce n'est pas tout, [e suis pourissimo. >
Cagliostro n'était pas homme à perdre contenance et à baisser pavillon devant le libelliste qui, avec son impudence ordinaire, et après en avoir donné au ministère français pour son argent, n'avait pas craint de proposer à Cagliostro de lui vendre le silence du Courrier '. Aidé de M* Thilorier, le thaumaturge adressa une « lenre au peuple anglais », qui jetait à la face du Cafetier cuirassé tous les scandales et toutes les hontes de sa vie passée. Morandej éludant à cet égard un débat qui n'aurait pas tourné à son avantage, se contenta de dire, en substance, à son adversaire : " Au lieu de montrer qu'on vous a compté de vilaines histoires sur mon compte, prouvez que vous n'avez pas volé un collier de diamants et une boîte d'or à la dame Fry; prouvez qu'on ne vous a pas convaincu en Russie de port illégal du titre et
I. V. la lettre de Cagliostro à Mnrande, dans le numéro du Courrier de l'Europe, qui porte la date du 3 septembre 1786.
lui, adressa à Morande la let n*est pas dépourvue d'agrémc « De toutes les bonnes h faites sur mon compte, la m< tredit est celle du cochon ei qui empoisonna les lions, le pards des forêts de Médine. .
le railleur, vous mettre à po en connaissance de cause. En et de chimie, les raisonneme de chose, le persiflage ne pro rience est tout. Permettez-m proposer une petite expérien ment divertira le public, soi soit aux miens. Je vous invite le 9 novembre prochain (1781 du matin; vous fournirez le accessoires; moi, je fournirai s( de ma façon : ce sera un petit engraissé selon ma méthode. D le déjeuner, je vous le présent gras et bien portant. Vous vou faire tuer et de le faire apprête
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en quatre parties égales; vous choisirez celle qui flattera le plus votre appétit et vous me servirez celle que vous jugerez à propos. Le lendemain de ce déjeuner, il sera arrivé de quatre choses l'une : ou nous serons morts tous les deux, ou nous ne serons morts ni l'un ni l'autre, ou je serai mort et vous ne le serez pas, ou vous serez mort et je ne le serai pas. Sur ces quatre chances, je vous en donne trois, et je parie 5,ooo guinées que le lendemain, au déjeuner, vous serez mort et que je me porterai bien. ■
Morande se garda bien d'accepter le défi; il déclara qu'il ne refusait pas à CaglJostro la qualité d'empoisonneur, mais qu'il ne consentirait A tenir le pari que si l'épreuve avait lieu en pleine place publique, sur un tréteau, et si Cagliostro prenait pour commensal un Carnivore quelconque. Enfin Morande, toujours pratique, demandait qui se chargeait de fournir les 5,000 guinées formant l'enjeu de son adversaire. Celui-ci répliqua sur le même ton dans le Public advertiser du 9 septembre : « Vous refusez le déjeuner auquel je vous invite et vous me proposez de faire remplir votre place par un animal Carnivore. Ce n'est pas là mon compte. Un semblable convive ne vous représenterait que très imparfaitement. Oii trouve-
L'agent de la cour de rhomme qu'on lui avait c pourfendre de sa plume ve:
rieurs de son côté. Le publ de Morande « imprégnée d< rielles, de principes despoti et caractérisent un mercena l'écrivain ». On disait : « correspondance s'arrête, car après avoir d'abord excité 1 de la singularité du personr turesj finirait par ennuyer teurs '. » Les ennemis de la ( Morande n'avait écrit ses gliostro que pour discrédite demande en justice formée a de la Bastille et le commi!
disaient bien haut qu*à le avait démontré^ dans la Le\ glais c que le sieur Moran calomniateur, soudoyé par jours pour le diffamer et en