I. Les érudits sont très divisés sur la question de
savoir à qui duît être attribuée la paternité du Vol plus haut, dont voici le titre exact : < Le Vol plus hjut, ou l'Espion des principaux théâtres de la capitale, con^ tenant une histoire abrégée des acteurs et actrices des mêmes théâtres, enrichie d'observations philosophiques et d'anecdotes récréatives, dédié aux amateurs. À Memphis, chej Sincère, libraire, réfugié aupuits de la Vérité. 1784. 1 Barbier pense que l'auteur est le comédien Dumonl; mais il ne semble pas bien sûr de son fait, car il ajoute qu'on a aussi attribué le mÉme livre à Mayeur de Saint-Paul, autre comédien-littérateur qui a commis quantité de petites pièces. Il nous paraît possible que le Vol plus haut ait été écrit par Thevcneau de Morande. Ce qui nous porte à le croire, c'est que le Vol plus haut reproduit, presque mot pour mot,
ij6 THEVENEAU de MORANDE.
Morande appelle a Tillustre emploi de Mercure n, a pour rival le danseur, qui se contente de bibles appointements, t parce qu'il ne doit qu'à sa maîtresse ses habits brodés, ses montres et autres bijoux, fruits des différents sacrifices qu'elle offre à la déesse des amours >.
II ne faudrait pas trop médire des danseurs!
Sous l'ancien régime, c'étaient des hommes de grande importance. VestrJs ne voyait que deux noms plus glorieux que le sien : Frédéric le Grand et Voltaire. Le diou de la danse, comme on l'avait surnommé, ne savait pas lire : c'est ce qui permit à son camarade Gardel, maître de ballet à l'Opéra, de lui jouer un tour pendable. Comme Vestris montrait à tout le monde un permis de chasse que le comte d'Artois lui
de nombreux passages de la Cajette noire, qui wt due, personne ne le conteste, à la plume de Morande. Il nous suffira de citer l'oraison funèbre de M» Paris {Ga^. n., p. ii6), qui devient dans le KoI plus haut (p. 72) l'oraison funibre de« très sensible et tris voluptueuse Laguerre, grande prêtresse de VÉnus, etc. • Au chap. II du Vol plus haut, leiibelljste anonyme réé-. dite aussi les détails donnés dans la Galette noire (p. 176J sur la passion qu'inspira la courtisane la Prairie au prince de Soubise, sans oublier certain mot de l'abbé Terray. Est-il supposable que le Ga^etier cuirassé ait osé piller aussi effrontément un autre écrivain que lui-même? Nous croyons plutôt qu'il a tiré deux moutures de son sac, par simple paresse ou par spéculation.
avait accordé sur ses teiresi'et 'annonçait l'intention d'en profiter, Gardel substitua adroitement à ce vénérable parchemin un mémoire de blanchisseuse. Le lendemain Vestris part en guerre contre les lapins du comte d'Artois; mais, quand le danseur fui requis parle premier garde d'exhiber son permis, on le prit pour un mauvais plaisant et on l'arrêta. Tout t'Opéra en fit des gorges chaudes. Vestris fils, qu'on appelait Vestr-Allard, parce qu'il était fils de Vestris et de M'" Allard, avait hérité de l'orgueil paternel. Lorsqu'on février 1781 , les deux Vestris allèrent donner à Londres une représentation extraordinaire, le Parlement, qui avait cependant à discuter un bill économique de Burke, se prorogea pour assister à la représentation. Mais les organisateurs avaient eu la maladresse d'élever outre mesure le prix des places : il y eut un effroyable tumulte.
Vestr-Allard, assisté d'un interpiète, se mit en devoir de haranguer le public; mais les Anglais outrés le couvrirent de pommes et d'oranges, sans préjudice des sifflets et des huées. Le malheureux danseur dut rester prosterné devant le parterre pendant cinq minutes. Après quoi, le public s'apaisa, et tes deux Vestris eurent un succès prodigieux, qui se chiffra par une recette de 1,200 Ruinées.
Dauberval a laissé un nom moins populaire que Vestris. Ses aventures valent néanmoins la peine d'être indiquées en quelques mots.
11 avait débuté à l'Opéra , comme danseur, le
12 juin 1761, à Tàge de dix-neuf ans^ dans Topera de Zaïs, de Cabusac et Rameau. Jamais homme de théâtre n'excita à ce point l'adoration du plus beau des sexes. A la suite d'une maladie grave qu'il fit en mars 1776, les femmes de la plus haute aristocratie lui envoyèrent force pâtisseries j pièces de volaille et vins généreux pour hâter sa convalescence*.
C'était la Du.Barry qui avait donné le mouvement, en ouvrant une souscription pour payer les dettes du danseur. Elle atteignit 90,006 livres, et Louis XV avait versé 10,000 livres pour sa part *. Successivement amant de la
1. f Vous serez affligé avec tout Paris, dit V Espion anglais, de la maladie grave survenue au sieur Dauberval, qui fait désespérer qu'il puisse jamais reprendre le caractère de la danse avec cette vigueur et cette aisance qu'il réunissoit au suprême degré. 9 T. III, p. 273. — Lorsque Dauberval, en mars 1779, fut chassé de rOpéra, sans retraite, par M. de Caumartin, prévôt des marchands, pour avoir avec W^^ Duplan, qui fut l'objet des mêmes sévérités, fomenté une rébellion contre la direction de l'Opéra, les princes, les ministres les duchesses prirent parti dans ce grave conflit. V. Mémoires secrets^ i5 mars 1779. M'*" Duplan ne quitta l'Opéra qu'en avril 1785, avec M**» Rosalie,