SCÈNE XVIII
THIBAULT , MARIE , dans la tente.
Je crois <1eviner quelle est cotte belle inconnue... Ma lettre d'aujourd'hui... Cette entrevue mystérieuse...
MARTE, à part.
AiB : J'ai vu Lise hier au soir.
Las! en mon cœur éperdu, La crainte domine.
Sans peine j'ai reconnu
Sa taille divine.
£n vain un voile envieux Cache ses traits gracieux; Lorsque vous trompez les yeux ,
Le cœur vous devine.
Quoi ! VOUS ne répondez pas ? est-ce ainsi qu'un vainqueur est reçu... Vous le savez cependant , tous les lauriers du monde ne valent pas un de vos regards.... Vous me refusez , Armoflède ?
MARIE , à voix basse.
Ce n'est pas elle^ Seigneur.
Ce n'est pas elle... Et qui donc êtes-vous?,.. Vous soupirez... {avec bonté) Ah ! pardon... Je vous ai peut-ôtre ofi'ensée ; mais je sais réparer iiu-s torts... Avcz-vous quelque chose à me demander? que votilez-vous ? est-ce du secours ?... Où faut-il marcher?... Voilà mon épée. Le Roi de JVavarre nç veut plus être que votre chevalier. AIR : Préi à partir pour la rii^e africaine (de Garât.)
Faut-il combattre un ennemi terrible?
Parlez; j'y cours et 'e reviens vainqueur. Oui, je le ses, il n'est rien d'impossible A qui combat ponr sa dame et rhonncur.
Dans votre espoir ne serez point trompée, J'en jure ici par ce glaive vcnj^eur.
Dieu dans me$ mains a réunis cette épée Four n^pa' pays, -les dames et i'booueur.
Heim... Point cle réponse... Vous ne m'entendez pas... En effet, comment s'entendre d'aussi loin. (// s'approche) Allons , ne craignez rien, (avec douceur) vous avez quelque chose à me demander ?
MARIE yàzt signe que Jion.
Quelque chose à me dire ( même signe ) Au moins
quelque motif vous amène (même signe) ?... Non... toujours non, et pas un mot... Voilà la femme la plus inconcevable... C'est qu'elle paraît charmante ! autant que ce maudit voile... permet...
( Il 'veut soulever le ofoile y Marie se retire et met ses deux doigts sur sa bouche. )
Elle désire rester inconnue.... Celte femme là n'aime pas les paroles inutiles... ( Haut. ) Pourquoi me cacher tant d'attraits? Une jeune et jolie femme telle que vous semblez être, ne doit pas craindre d'être mal reçue par un Prince qui n'a jamais manqué de courtoisie envers les dames. — Vous avez sans doute à vous plaindre de quelqu'un. (Marie fait signe que oui.)
AIR : Vent brûlant d'Arabie.
1er COUPLET.
CVst d'un amant pcui-éire....
Ou plutôt d'un mari!
Il en est de si traiirc....
Je crois qu'elle a dit oui.
Pour venger votre offense Aimons-nous tous les deux} On dit que la vcn(;eance Est le plaisir des dieux.
Il'- COUPLET.
Ponr que votre vengeance Ail un effet soudain , Souffrez que je commence Par prencfrc celte main.
Quoi! point de résistance....
( // la serre contre son cœur. ) MARIE, à part.
Dans ce moment lieurt-nx , Je tens que la vengeance Est le plaisir des dieux.
Pas encore un mot. (Haut.) Pardon... Mais j'ai tou-
jours remarqué qu'on se faisait bien mieux comprendre d'une jolie femme, lorsqu'on lui tenait la main, (à part. ) Elle tremble... Vraiment , jamais on ne m'intéressa aussi vivement... Ce mélange de pudeur et d'abandon.... ce mystère qui l'environne... irritent encore plus ma curiosité... Mais, vive dieu! elle parlera, et j'en sais le moyen.
( Haut. )
Ain : Lorsque Zoé quitta case. (Paul et Virginie.)
Un silence aussi sévère Pour moi n'a rien d'offensant , C'est un aveu qui doit plaire j Car, dans un pareil moment, C'est parler que de se taire , Et qui ne dit mot consent.
( Moment de silence. )
Oni , qui ne dit mot consent.
Que d'amour dans votre silence.
Souffrez que je vous prouve ici L'excès de ma reconnaissance.
// lui baise la main , et dit :
On me laisse faire.
MARIE, à part , finissant l'air.
Après tout c'est mon mari.
Oui, vengeons-nous du mari.
Pas le mot.... Continuons.