SCÈNE IV
«.EIRAS, MARIE, DAGOBERT. {Leïras et Marie paraissent dans le fond sans être vus [de Dagobert. Marie est habillée en page, une guitare sur le dos.)
LEÏRAS.
Nous n'avons plus rien à craindre , les troupes anglaises ont perdu nos traces.
MARIE
Mais de ce côté.... ne risquons-nous pas de rencontrer celles du roi de Navarre. Arrêtons-nous , mon cher Leïras. (^Ils descendent la scène , et elle s'assied sur un banc de gazon.) Je suis accablée de fatigue ; notre escorte est prisonnière , et sans vous je tombais entre les mains de mon frère.... Je ne suis pas encore remise de ma frayeur! en vérité, je croyais qu'une princesse de France devait être plus brave! Mais quel est cet homme, nous aurait-il entendus?
LEÏRAS.
Je ne le crois pas ; je vais m'en assurer.
MARIE
Cette cabane semble lui appartenir , peut-être pourrait-il nous donner un asile.
LEÏRAS.
Son uniforme annonce qu'il n'est pas anglais. — Mon ami.... un mot.
DAGOBERT
Qui fa là ?... Ah ! fous êtes mon ami ! che crois bien... tout le monde être mon ami depuis que j'afre mou feuillette de pon fin lieux.
LEÏRA6.
Tu peux nous rendre uu grand service.
DAGOBERT
Chistcment , l'y voilà.
LEÏRAS.
Cette cabane t'appartient?
^AGOSERT.
ii'êx droit de conquête.
LEÏRAS.
Permets-nous d'y passer la nuit.
DAGOBERT , le regardant.
Tiaple ! demain le feuillette sera vide... eh ! et qui étra toi?
LEÏRAS.
Mon camarade et moi sommes deux pauvres troubadours sujets du roi de Navarre , et nous nous rendons à Toulouse.
DAGOBERT
Il être joli homme la camarade ; et moi aussi je sers le roi de Navarre. Quand j'étais suisse , je m'appelai» Schaffouse , et tepuis que je suis allié du roi , che me nomme Tagobert.
MARIE , souriant.
Donnez-lui de quoi boire à la santé de mon mari.
LEÏRAS.
Tiens , voilà de quoi trinquer «n son honneur.
DAGOBERT
Che en vouloir pas. J'y pois pien sans toi , et si jamais lui tomber malade , ce être pas faute de poire à soa santé.
MARIE
V-ous nous refusez donc l'hospitalité , puisque vous ne voulez pas on recevoir le prix.
DAGOBERT
Refuser !... Oui a tit refuser?.... che afre chamais rien refusé! mais vouloir point d'archcnt. Vous êtes musiciens , que la petite camarade paye son écot en musique , chai toujoiu-s aimé elle.... Allons , tâchez de divertir moi beaucoup.
LEÏRAS , à Marie.
Quoi ! madame , votre majesté daignerait....
MARIE
Eh ! pourquoi pas ? je ne suis pas à la cour pour me faire prier... ( Elle prélude sur sa guitare.) C'est une villanclle composée par Thibault , comte de Champagne.
DAGOBERT
Tiaple ! ce être le meilleur de nos jongleurs. {Pendant cet air Dagobert marque le plus vif intérêt et l'exprime par dijferens lazzis au gré de l'acteur.)