Les Dames ecnge'es, I, v
MARTON
Cet aveu ne suffit pas; il faut que les clames soient vengées non seulement de toutes vos médisances, mais aussi de votre peu d'attachement pour les plus parlaites. Il faut que votre repentir éclate. Il faut que vous aimiez longtemps et peut-être éternellement sans être aimé ' — »
Il en arrive bien comme elle dit. Lisandre, cet inconstant, se décide au mariage pour l'amour d'IIortensc. Il demande sa main; il se heurte d'abord à des difficultés de famille, que la mort d'un oncle riche vient enfin lever; au moment où il croit toucher au bonheur espéré, il se voit nettement refusé par Hortense. Cette aimable et sage personne a écouté sans déplaisir les déclarations de Lisandre, quand elle les a connues sincères : sous sa froideur affectée, elle cache peut-être des sentiments plus doux; mais elle se méfie. Par ce secret instinct, qui guide souvent les femmes et qui leur tient lieu de réflexion et de logique, elle devine qu'une conversion si prompte pourra n'être pas bien sûre; elle sent que, si elle donnait son cœur, elle le donnerait tout entier et pour toujours; elle préfère ne pas aimer qu'aimer avec une arrière-pensée : par peur de Lisandre, par défiance d'elle-même, elle s'enfuit dans un couvent, et se console d'avoir peut-être passé à côté du bonheur en se disant qu'elle a vengé son sexe.
Ce dénouement n'est-il pas curieux? Une comédie qui finit mal! Cela n'a rien aujourd'hui qui nous surprenne : il ne faut pas oublier qu'au xvii0 siècle c'était une hardiesse, que Molière lui-même n'avait pas osé risquer.
Le premier rôle, Lisandre, est un peu banal, il faut