Beliérophon, de Quinault : V, m
2. Malgré tous nies malheurs je serais trop heureuse, Si les mépris pouvaient guérir l'amour....
En vain quand l'amour est extrême On veut perdre un ingrat qui nous ose outrager, On prend dans ses malheurs plus de part que lui-même. Hélas! quand il se faut venger de ce qu'on aime,
Qu'il en coûte pour se venger!
de ce temps était vraiment l'association de deux arts et non pas l'exploitation de l'un par l'autre.
Il vaut la peine de parler plus longuement de la tragédie lyrique qui porte le titre de Circê. Nous trouvons là une tentative fort curieuse et qu'il est important de signaler.
Le genre sans doute n'était pas tout à fait nouveau. Sans parler des essais des Italiens ni du Mariage d'Orphée et d'Eurydice (ou la Grande Journée des Machines), représenté en 1G40 et souvent repris, on sait que Pierre Corneille avait composé deux tragédies à grand spectacle mêlées de chant : Andromède (1650) et la Toison d'Or (1661) ; mais ce n'étaient là que des pièces de circonstance écrites pour la cour, à l'occasion de quelque grande réjouissance et qui n'avaient été ensuite offertes au public que par une faveur toute particulière '. Et d'ailleurs parmi ces ouvrages il n'en est point qui puisse être comparé à Circé pour l'éclat, pour la pompe du spectacle, pour l'heureux assemblage de tout ce qui peut charmer les oreilles et éblouir les veux; il n'en est point auquel le poète et les acteurs aient attaché autant d'importance, ou qui ait eu un succès aussi retentissant et aussi durable.
Circé est précédée d'un prologue en l'honneur du roi, oh la flatterie paraît jusque dans le décor. La scène représente un palais d'ordre composite tout en jaspe et en or : sur le fronton brillent les fleurs de lis. ce Les supports des colonnes sont des piédestaux qui représentent une partie des complètes du Roi et les superbes bâtiments qui se sont laits ou qui ont été
1. Voir ce que dit Rcnaudot des représentations d'Andromède (Gazelle, 1650, p. 246 et 25(J) : « Cette ravissante pièce n'avait été faite que pour le divertissement des tètes couronnées et les principaux de la cour, mais Leurs Majestés, en ayant eu le plaisir, Leur bonté l'a voulu communiquer à Leurs peuples ».
embellis sous son règne. Au-dessus de chaque piédestal, il y a différentes figures peintes en saillie et isolées, qui représentent par leurs attributs ou les vertus particulières que possède cet Auguste Monarque, ou les arts qu'il prend soin de faire fleurir. »
Devant ce palais, Mars, la Fortune, la Renommée, l'Amour viennent se plaindre de ce que Louis a détourné d'eux tous les hommages et fait déserter leurs autels.
m au s
L'on regarde Louis comme dieu de la guerre, Et l'on ne songe plus à Mars —