‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 174 sur 206 · COLLECTION D'AUTOGRAPHES D'ALFRED MORRISSON · texte numérisé non relu

COLLECTION D'AUTOGRAPHES D'ALFRED MORRISSON

(Catalogue dressé sous la direction de A.-W. Thibaudeau.

Londres, 1883, t. I.)

Lettre de Th. Corneille à l'abbé de Bellegarde '.

A M l'abbé de Bellegarde, rue Jacob, vis à vis la Charité, citez Mlle Rostein, à Paris.

Andeli près de Rouen, ce 13 septembre 1702.

Je suis fâché, Monsieur, que vous ayez sujet de vous plaindre de M. Brunet, qui m'a paru avoir toujours des procédés d'honnête homme. S'il a fait imprimer à votre insu vos fables d'Esope, il a tort et je l'aurais beaucoup davantage si j'avais eu la moindre pensée de vous chagriner, ayant une véritable estime pour vous. Je vois bien cependant, Monsieur, qu'il est bon de vous apprendre comment j'ai eu connaissance de votre livre. M. Brunet, m'ayant dit qu'il faisait graver les planches des fables d'Esope dont vous avez entrepris la traduction, me pria de lui faire des quatrains pour mettre à la fin de chaque fable. Je lui promis de le faire dans la pensée que cela n'allait qu'à trente ou quarante. Cependant j'en ai trouvé cent dix-sept, et, avec les dix-huit de Philelphe, cela va à six cents vers, que je lui ai donnés bien volontiers. Ensuite je le priai de m'en faire voir les épreuves, afin qu'il ne se glissât point de fautes dans les vers. Je lui renvoyai les premiers après les avoir lus, sans lire la prose que je crus que vous reverriez. Je fus surpris de recevoir le lendemain cette même épreuve qu'il me pria de corriger entièrement parce que vos affaires ne vous permettaient pas de le faire vous-même. J'y consentis purement pour vous obliger en vous déchargeant de ce soin; car ne croyez point, Monsieur, que je sois assez impertinent pour vouloir toucher aux ouvrages d'un homme qui écrit aussi bien que vous. J'ai mis quelquefois un qui

1. Cette lettre est reproduite en fac-similé dans le Catalogue (planche 55).

J.-B. Morvan de Bellegarde (1648-1734), disciple du P. Bouhours, traducteur de saint Basile, de saint Grégoire de Nazianze, de saint Jean Chrysostome, de Y Imitation, des Métamorphoses d'Ovide et d'une foule d'autres ouvrages profanes.

au lieu de lequel ou laquelle et le relatif celui ou celle pour ne pas répéter le même mot. Voilà tout le changement cpie vous y trouverez. Je ne crois pas que cela se puisse appeler corrections. 11 reste encore la vie d'Esope et autres choses à imprimer. Donnez-vous la peine d'en voir les épreuves et empêchez qu'on ne me les envoie. Cela sera dans l'ordre, et je serais fort injuste si j'en murmurais. Encore un coup j'ai pour vous une estime qui me met dans des sentiments fort contraires à ceux que vous semhlez m'imputer, outre que mon caractère n'est point de désobliger personne.

Je suis, Monsieur, très sincèrement votre très humide et très obéissant serviteur.

Corneille !.

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