CHAPITRE IV
Après la mort de Molière, Th. Corneille s'attache à sa troupe. — Son association avec De Visé. — Les pièces à grand spectacle : l'affaire de Circé; l'Inconnu; le Triomphe des dames. — Le Festin de Pierre, mis en vers. — ■ Le Comte d'Essex. — Disgrâce de Quinault; collaboration de Th. Corneille et de Lulli : l'opéra de Psyché; les trois auteurs de Bellérophon. — Le Procès de la Voisin et la Devineresse.
Au commencement de 1G73, Molière mourut. On sait quel désordre cette mort imprévue jeta dans sa troupe, comment, privée d'un si fort appui, elle dut abandonner à Lulli la salle du Palais-Royal, comment elle acheta au marquis de Sourdéac et à Champeron le théâtre de la rue Mazarine avec ses décors et ses machines, comment enfin, sur l'ordre du roi, elle reçut dans son sein les meilleurs acteurs du Marais et constitua avec eux la troupe dite de Guénégaud.
Cette troupe se trouva donc établie dans un théâtre spacieux, bien aménagé; nombreuse et bien « assortie », comme elle était, elle pouvait lutter sans désavantage avec l'Hôtel de Bourgogne; mais elle avait besoin pour subsister du concours de quelques bons auteurs. Molière, tant qu'il avait vécu, avait tenu presque à lui seul l'affiche du Palais-Royal, donnant chaque année deux et même trois pièces nouvelles. Ce grand génie
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disparu, ses comédies formaient sans doute un excellent répertoire; mais il y fallait joindre à tout prix quelques nouveautés, si l'on voulait attirer les spectateurs. Les comédiens pensèrent à Thomas Corneille, et ce lut De Visé, leur confident et leur ami, qui se chargea de le leur amener.
C'est un bien singulier personnage que ce De Visé et qui mérite d'autant mieux de fixer notre attention qu'à partir de ce moment sa vie va être intimement mêlée à celle de Thomas Corneille.
On l'avait vu, à peine âgé de vingt ans, faire scandale et éveiller la curiosité publique, en attaquant avec la dernière violence les meilleurs auteurs de l'époque : il s'en était pris à Pierre Corneille, à propos de la Sophonîsbe, à Molière, à propos de /'Ecole des Femmes*; il avait même composé contre ce dernier une sorte de comédie critique : Zêlinde ~. Puis, jugeant l'éclat suffisant et changeant brusquement d'opinion sur le compte de ces deux grands hommes, il avait défendu vivement contre l'abbé d'Aubignac cette même Sophonisbe qu'il avait le premier condamnée 3, il s'était réconcilié avec Molière et avait même fait jouer quatre comédies sur le théâtre du Palais-Royal. Se tournant alors contre Quinault, il l'avait accusé publiquement de lui avoir volé le sujet d'une pièce *, il avait intéressé la cour 'iitiere à sa querelle 5 et avait trouvé le moyen de si
1. IIIe volume des Nouvelles nouvelles. Paris, G. Quinet, 1GG3. — Diversités galantes (Lettre sur les affaires du théâtre). Paris, 1664.
'1. Zélinde ou la Véritable Critique de l'Ecole des Femmes et lu Critique de la Critique, COm. eu [n'ose, en un acte, 1663.
3. Défense de la Sophonisbe de M. de Corneille. Paris, 1663, în-12. De Visé <■ posa peu de temps après une De fense du Serlorius de M. Corneille, Paris, Barbin, 1663, in-12, que l'abbé d'Aubignac affecta d'attribuer à P. Corneille lui-même.