F. Parfaict, Uist., t. XI, p
duit chez nous *. Ils avaient demandé à Thomas Corneille et à De Visé de leur composer un ouvrage de cette sorte, qui leur permît d'employer le riche matériel qu'ils avaient à leur disposition. Corneille avait trouvé dans Ovide le très heureux sujet de Cireé. La magicienne amoureuse d'un dieu qui la dédaigne et poursuivant de ses maléfices la mortelle qui lui est préférée, n'était-ce jsas là un excellent prétexte à de nombreux changements de théâtre? Il composa assez rapidement la pièce, acceptant avec sa complaisance ordinaire la collaboration du machiniste, s'ingéniant à faire servir tous les décors qu'on avait dans les magasins. Dès qu'il eut remis le cinquième acte (vers la fin de l'été de 1674), les comédiens, certains du succès, voulurent préparer tout aussitôt ce grand spectacle. Mais ils s'aperçurent bien vite que les « méchaniques et décorations » du marquis de Sourdéac n'allaient pas suffire et que, s'ils voulaient représenter Circè avec toute la pompe qu'il fallait, ils seraient obligés de faire de nouveaux frais. Ces frais parurent même si considérables qu'un certain nombre d'acteurs ne voulurent point consentir que la compagnie s'engageât dans de telles dépenses. De graves démêlés s'élevèrent alors entre les comédiens, dont on peut trouver tout le détail dans le Registre de Lao-rano-e.
Le mardi 2 octobre et le vendredi 5, on ne joua pas « à cause des désordres entre la troupe et M. Dauvilliers et Mlle Dupin, qui ne voulaient pas consentir qu'on jouât Circè ».
Le vendredi 12 octobre , la compagnie s'assembla après la représentation et décida de risquer l'aventure.
1. En mars 1647, une tragédie italienne, Orfeo, « ornée de machines, de changements de théâtre et de musique », avait été jouée à la cour par des artistes italiens que Mazarin avait fait venir.
Dauvilliers et Mlle Dupin refusèrent de signer la délibération. Ne pouvant les « mettre à la raison », on se résolut, le 17, à les exclure de la troupe et à commencer la dépense des nouvelles machines. Procès intenté par les deux réfractaircs, sentence rendue le G novembre, appel du jugement, constitution d'arbitres : le désordre dura trois mois, pendant lesquels le marquis de Sourdéac, « pour mater la troupe et se rendre maître de la recette et du contrôle » (il avait conservé des intérêts dans le théâtre) , faisait défaire les machines au lieu de les avancer. « Pour avoir la paix » et ne pas retarder éternellement la représentation, les comédiens durent enfin céder : ils reprirent Dauvilliers et la Dupin, accordèrent à Sourdéac le droit de placer à la porte deux contrôleurs de son choix, et ainsi les répétitions purent commencer. Elles prirent tellement de temps que, pendant vingt jours, il fallut faire relâche. Circè put enfin être jouée le dimanche 17 mars 1675.
Quelques espérances qu'on eût fondées sur ce nouveau spectacle, toutes les prévisions se trouvèrent dépassées. « Pendant les six premières semaines, raconte De Visé '. la salle de la Comédie se trouva toute remplie dès midi-, et, comme l'on n'y pouvait trouver de place, on donnait un demi-louis d'or à la porte , seulement pour y avoir entrée ; et l'on était content quand, pour la même somme que l'on donnait aux premières loges, on ('tait placé au troisième rang :;. » Du 17 mars au 5 avril, on ne cessa pas de jouer Circé \ Après l'interruption forcée de la semaine sainte;, on en donna