‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 29 sur 206 · Lagrange a écrit les parts d'auteurs. Dans sa notice sur · texte numérisé non relu

Lagrange a écrit les parts d'auteurs. Dans sa notice sur

Ces générosités des comédiens sont assez significatives. Molière lui-même n'avait jamais eu plus de deux parts sur quatorze, et pourtant il était non seulement auteur, mais aussi acteur et chef de troupe, il faut croire cpue la compagnie tenait beaucoup à s'attacher Corneille et faisait une singulière estime de son talent. Les comédiens ne sont-ils pas toujours portés à juger les ouvrages d'après les recettes qu'ils font? Ceux-ci avaient gagné assez d'argent avec Circè pour pouvoir penser que c'était une œuvre de génie '.

L'entreprise avait trop bien réussi pour qu'on put s'en tenir là : il fallait sans tarder offrir un nouvel aliment à la curiosité publique et porter un dernier coup à l'Hôtel de Bourgogne, qui commençait d'être déserté 2. On commanda à Th. Corneille une nouvelle pièce à grand spectacle, et il composa la comédie de l'Inconnu.

Quelque temps auparavant , un grand prince avait donné à la comtesse de X... une suite de fêtes calantes

Th. Corneille (édit. Sanchez), M. E. Thierry n'a pas voulu admettre que le comédien ait pu faire une faute d'orthographe; il a conclu de ce passage cpie De Visé avait été le collaborateur de Thomas et que « se démasquant avec le succès » il avait réclamé à son tour une part dans les bénéfices. Mais si De Visé avait fait une partie de la tragédie, Lagrange n'aurait pas manqué d'inscrire son nom en marge du Registre, comme il le fait toujours, et lui-même n'aurait pas manqué de le dire dans Y Eloge de Th. Corneille, qu'il écrivit dans le Mercure après la mort de son ami, et où il exagéra même sensiblement la part qu'il avait prise à ses derniers ouvrages : or il y déclare qu'il n'avait travaillé qu'aux divertissements de Cirée. Les comédiens ne durent lui donner, pour sa peine, qu'une somme fixe, comme ils firent pour le musicien Charpentier.

1. À la ville et dans le monde du théâtre, on conserva longtemps le souvenir de la tragédie de Circe : trente ans plus lard, la Comédic- Francaisc en fit une reprise, qui d'ailleurs ne fut pas très heureuse, avec un nouveau prologue de Dancourt et de nouveaux airs de Gilliers.

2. L'Hôtel de Bourgogne avait essayé de jouer une médiocre contrefaçon de Circe (paroles de Mlle de Saintonge , musique de Des Marais), mais ce spectacle n'avait pas du tout été suivi.

dont tout Paris avait parlé '. Thomas les avait trouvées si bien imaginées qu'il songea à les faire reproduire sur le théâtre et à régaler le public d'un divertissement dont quelques privilégiés seuls avaient pu jouir. Il n'eut que la peine d'imaginer une intrigue qui servit de prétexte et de lien à ces cadeaux, mascarades, ballets et concerts. Grâce au concours de De Visé, qui fit, paraitil, le plan de chaque acte et les vers des divertissements 2, la pièce put être livrée aux comédiens au commencement de l'automne de 1675, et l'Inconnu succéda presque immédiatement à Circè.

11 fut joué sans interruption du 17 novembre lf>7.~) au 21 janvier 1676, puis du 17 mars 1676 jusqu'à la semaine sainte, et plusieurs fois encore après Pâques : les recettes moyennes furent de 1 000 livres environ et, comme les dépenses extraordinaires n'avaient été que de 2500 livres 3, comme les frais journaliers, d'abord de 220 livres, avaient été ensuite réduits à 175 livres seulement 4, les bénéfices furent tout à fait satisfaisants. Th. Corneille et De Visé eurent chacun une part et, comme pour Circé, les parts d'auteur furent comptées sur quatorze : en six mois, V Inconnu rapporta 2 000 livres environ à chacun des deux collaborateurs.

Pour cette pièce, connue pour la précédente, les comédiens avaient encore outrepassé leurs droits : ils avaient lait venir du dehors des danseurs et des chanteurs à gages : cette fois pourtant Lulfi ne réclama pas, sans doute parce qu'on lui promit que cette infraction aux ordonnances serait la dernière. Les violons avaient bien été réduits au nombre réglementaire de

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