Mémoires, XXXIII, p
2. « Bientôt, dit Boze, d'autres infirmités succédèrent à la perte de ses yeux. » [Eloge de Th. Corneille.)
3. Rue Saint-Hyacinthe, où il s'était retiré, après avoir quitté la rue Clos-Georgeot.Dans l'intervalle, il avait fait un court séjour dans la rue de la Sourdière.
4. Mémoire de Malesherbes pour la demoiselle Corneille (1792).
second neveu, Thomas Corneille, abbé d'Ayguevive ; et vers 1702, un de ses fils, Mathieu, sieiir d'Ànville, qui était mort dans sa maison1. Enfin, Marguerite de Lempérière, la compagne aimante et dévouée de toute sa vie, était morte le 6 février 1706 2. Ainsi, comme tous les hommes qui ont le triste avantage de survivre à leur génération, il avait vu disparaître autour de lui ceux qu'il aimait, et lui, à qui les joies du foyer avaient toujours été si douces, se trouvait seul dans sa maison et devait se confier à des mains étrangères.
Mme de Marsilly, sa fille, était retenue à la Flèche avec son enfant; son fils François était dans les Flandres : il n'avait plus à Paris d'autres parents que son petitneveu dom Benoît de Bois-le-Comte, relioicux théatin 3, et son neveu Fontenelle. Fontenelle, qui lui devait beaucoup et qui le chérissait tendrement, l'entoura d'égards, nous le savons, et vint souvent le consoler de ses infirmités et de ses peines 4. Cette affection cependant ne suffit pas à le retenir à Paris : en 1708, lorsque les derniers travaux du Dictionnaire furent achevés, il se décida, peut-être pour restreindre encore ses dépenses, à aller finir sa vie aux Andclys.
Il s'y installa dans la maison qui lui revenait de
1. Nous reproduisons dans Y Appendice l'acte de son inhumation.
2. L'acte de décès a été relevé par Jal dans les registres de Saint- Roch.
3. Fils de Marie Corneille et petit-fils du Grand Corneille. Il signa avec Fontenelle l'acte de décès de Marguerite de Lempérière.
4. « Il aimait beaucoup son oncle, nous dit l'abbé Trublet (Mémoires,-p. 86); il avait peu vécu avec le Grand Corneille qui mourut en 1684 et qui alors n'était plus le Grand Corneille; mais il avait beaucoup vécu avec Thomas et tout l'attachait à lui : la liaison du sang, la reconnaissance et, du moins, à plusieurs égards, la conformité de caractères. » Même dans ses dernières années (et l'on sait qu'il mourut centenaire], il se plaisait à rappeler le souvenir du protecteur de sa jeunesse. Trublet ajoute : « Il m'a souvent dit : « Je « l'aimais tout à fait », et de ce ton vrai qu'on lui a connu ».
l'héritage de sa femme ', vieille maison, pauvrement meublée, mais toute remplie du souvenir de ceux qu'il avait perdus. Ce fut là qu'il attendit la mort « avec une fermeté incroyable 2 », demandant à la religion « dont il avait toujours rempli les devoirs avec la dernière exactitude » la force de supporter ses maux.
Jusqu'au dernier moment il eut à souffrir de la gène : deux créancières avides lui firent un jour réclamer par ministère d'huissier le payement des arrérages d'une rente de 7 livres 3! Le 13 août 1709, il vendit pour 300 livres une tapisserie, avec faculté pour l'acquéreur de la retirer au bout d'un an. Il devinait bien que sa fin était proche et qu'il n'aurait pas le chagrin de voir passer en d'autres mains ce souvenir de famille.
Le 8 décembre 1709, il s'éteignit entre les bras de sa nièce Marie-Madeleine 4, de sa vieille domestique et de son fidèle secrétaire De Villemaric, qui l'avait suivi dans sa retraite. Le lundi 9 décembre, on ensevelit dans l'église Notre-Dame des Andelys cet habile écrivain, eet érudit consciencieux, cet homme simple et bon, dont la modestie et les vertus, disait un de ses contemporains 5, étaient dignes des premiers temps du christianisme, et qui avait eu l'honneur de recevoir de son sièele le beau surnom d' « honnête homme c' ».
1. On verra par les actes cités dans l'Inventaire (Appendice) que i ette maison avait d'abord été cédée à Mme de Marsilly, qui l'abandonna ensuite à son père en toute propriété.