‹ Thomas Corneille, sa vie et son théâtreChapitre 96 sur 206 · II, vu · texte numérisé non relu

II, vu

tenir attaché à elle par le doux lien des périls communs et des joies partagées. Et puis elle l'implore, combien doucement! dune voix presque caressante, promettant de tout oublier, se résignant à tout pourvu que cet amour lui reste, qui lait toute sa vie :

Périsse tout, s'il faut cesser de t'être chère! Qu'ai-je affaire du trône et de la main d'un roi ?

De l'univers entier je ne voulais que toi

Je te suis, mène-moi dans quelque île déserte, Où, renonçant à tout, je me laisse charmer De l'unique douceur de te voir, de t'aimer. Là, possédant ton cœur, nia gloire est sans seconde; Ce cœur me sera plus que l'empire du monde. Point de ressentiment de ton crime passé : Tu n'as qu'à dire un mot, ce crime est effacé. C'en est fait, tu le vois, je n'ai plus de colère '.

Ce sont peut-être là les vers les plus touchants que Thomas Corneille ait jamais écrits. Si on les entendait réciter au théâtre, qui remarquerait les quelques laiblesses qui les déparent? Qui ne se laisserait troubler par ce cri de tendresse?

Thésée reste cependant insensible : « Ya-t en, lui crie enfin Ariane, je ne veux pas avoir l'affront que tu me quittes. Je te chasse, va-t'en! » ht, comme il s'en va en effet, heureux d'échapper à ses plaintes, elle le regarde partir, les yeux en pleurs, le cœur plein d'angoisse, conservant jusqu'au bout l'espoir qu il se retournera vers elle, qu'il reviendra se jeter à ses pieds :

11 sort, Nérine, hélas !

Et ce lui est une humiliation nouvelle de voir qu'il lui a si vite obéi :

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