‹ Thomas Corneille, sa vie et sor théatreChapitre 24 sur 209 · La Mère coquette · texte numérisé non relu

La Mère coquette

5. Robinet, Lettre en ver» du 11 oct. 1665. — Fr. Parfaict, l/i»t., t. IX, p. 874.

bien passionner le public, que sa très faible comédie, jouée après celle de Quinault, avait été « encore plus suivie à la dix-huitième représentation qu'à la première* ». Médiocre génie assurément, mais habile, remuant, sans convictions et sans scrupules, il avait, » défaut d'autres talents, celui de se faire valoir : le premier peut-être, il avait introduit dans le domaine des. lettres l'art ingénieux de la réclame.

Que cet esprit hardi et tapageur se soit lié d'une étroite amitié avec le doux, le modeste Thomas, cela est sans doute assez surprenant. Il avait probablement compris combien il lui serait avantageux d'attacher sa fortune à celle d'un auteur heureux, déjà célèbre, qui avait assez de mérite pour assurer le succès d'un ouvrage et assez de docilité pour suivre les inspirations d'un autre '; de son côté» Thomas devait ressentir pour lui cette admiration un peu craintive que les audacieux inspirent si facilement aux timides. Ce qui est certain c'est que, dès cette époque, ils formèrent entre eux une véritable associa tion, qui dura jusqu'à la fin de leur vie et que, il faut le dire à la louange de l'un et de l'autre, aucun désaccord ne vint jamais troubler.

1. Préface de la Mère coquette ou les Amante brouilles, de De Visé..

2. Dès 1663, il lui avait fait d'assez sensibles avances en prenantchaud ement sa défense contre l'abbé d'Âubignac (Défense du Sertorius de M. Corneille, p. 7 et 9) : « Vous sortez de votre sujet, écrivait-il à l'abbé, pour répandre votre fiel sur M. de Corneille le Jeune; et comme il a beaucoup de mérite, il n'est pas exempt de vos injures» C'est par là que l'on connaît clairement que l'envie vous fait ouvrirla bouche, puisque, sans nécessité, vous lui dites des choses aussi ridicules que piquantes.... Que vous auriez de vanité, monsieur d'Au* bignac, si vous étiez autant estime que ce jeune Corneille, que votre incivilité et votre rage vous empêchent de nommer Monsieur! Nous avons vu plusieurs ouvrages de lui qui ont eu l'applaudissement de toute la France : Timocrate^ Commode et Camma parlent en sa faveur; et l'on ne doute point que la réputation qu'ils lui ont acquisene vous ait fait mal à la tète, puisque c'est cette seule réputatioïk. des grands hommes qui vous met en si mauvaise humeur. »

En quel sens s* exerça l'influence de ce nouvel ami, dans quelles nouvelles voies se trouva ainsi dirigé le talent du jeune Corneille, c*est ce que nous allons bientôt constater. Contentons-nous de dire, pour le moment, que De Visé n'eut pas trop de peine à détourner Thomas de l'Hôtel de Bourgogne, où la gloire de Racine le gênait sans doute quelque peu, et à l'entraîner à Guénégaud.

La nouvelle troupe n'avait commencé ses représentations qu'au mois de juillet 1673 : le 10 novembre, elle donna le Comédien-Poète^ comédie de l'acteur Montfleury, à laquelle Thomas Corneille avait collaboré ; le 29 décembre, elle joua la Mort d'Achille^ une des plus mauvaises tragédies de notre auteur, qui avait, paraîtil, obtenu dans les salons de grands succès de lecture ' et qui, à la scène, échoua misérablement. L'année suivante, Don César d*A9alos réussit un peu mieux et, du 21 décembre 1674 au 22 janvier 1675, fut joué quinze fois. Cette comédie avait été composée en toute hâte, sur la demande des comédiens, que de graves difllcultés avaient empêchés de préparer pour l'hiver un spectacle plus important.

Depuis le jour où ils s'étaient installés rue Mazarine, les camarades de Molière avaient songé à tirer parti des machines et des décors que le marquis de Sourdéac leur avait cédés en même temps que le théâtre. D'un commun accord, ils avaient décidé de monter une de ces pièces à grand spectacle, accompagnées de musique, qu'on appelait alors des pièces à. machines, et qui tenaient le milieu entre l'opéra et la tragédie. Le public avait toujours eu beaucoup de goût pour ce genre de divertissement, depuis que les Italiens l'avaient intro-

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