L* ACADÉMIE FRANÇAISE
égalité d'humeur, de son amabilité, de sa bienveillance \ Toujours exact et régulier, en un temps où cinq ou six membres tout au plus étaient assidus aux séances ', ne se dérobant à aucune tâche, il prit une part active aux travaux du Dictionnaire, dont la première rédaction avait été achevée en 1672 et dont il fallait achever au plus tôt la re vision, « revision, dit d'Olivet, bien plus longue et bien plus pénible qu'une première façon ». Il paraît qu'il connaissait parfaitement la langue française; plusieurs de ses contemporains nous l'attestent, et il faut bien le croire, quoiqu'on puisse trouver que cette connaissance ne se marque pas toujours dans ses vers. Grâce à son heureuse mémoire, il avait à sa disposition un véritable trésor de citations et d'exemples, et ses avis, présentés avec discrétion et mesure, étaient le plus souvent suivis.
Avant même d'être académicien, il avait eu l'idée de publier une édition critique des Remarques de Yaugelas. Comme depuis 1647 beaucoup de locutions nouvelles avaient été adoptées, que beaucoup d'anciennes expressions avaient vieilli, il était utile de fixer le nouvel état de la langue.
Une s'agissait point, bien entendu, de refaire des lois de son autorité privée, mais seulement d'être, comme avait été Yaugelas, « le témoin du bon usage », de constater les changements qui s'étaient produits depuis quarante ans « dans la façon de parler de la plus saine partie de la cour et dans la façon d'écrire de la plus saine partie des auteurs du temps ».
1. Perrault écrivait ù Huct le 1*' juillet 1689 : a Demain expirera la magistrature de M. Corneille, le plus débonnaire de tous les directeurs qu'ait jamais eus l'Académie ». (Bibl. Nat., ManuêcriCsj Fr. 15 189.)
2. Un grand nombre d'académiciens : Fléchier, Scgrais, etc., n'assistaient jamais aux assemblées; d'autres, comme Bossuct et Boilcau, ne venaient qu'aux séances d'élection.
^8 TBOMAS CORNEILLE.
Aussi modeste que son prédécesseur, qui s'était toujours retranché derrière Tautorité des écrivains contemporains, Corneille recueillit sur chaque remarque l'opinion de ses collègues de l'Académie *, particulièrement de Régnier-Desmarais, et des gens du monde qu'il avait l'occasion de rencontrer *; il fit son profit des notes manuscrites de Chapelain que lui avait commu* niquées l'abbé de la Chambre, des Obserçations de Ménage, des Doutes de la langue française et des Remarques nouvelles du Père Bouhours, et, s'appuyant sur ces opinions considérables, il rédigea des notes très sensées, dont le seul défaut était un peu trop de timidité et d'indécision.
Ces notes parurent en 1687 ' ; et, quoique ce ne fi\t pas là un travail bien personnel, elles confirmèrent la bonne opinion qu'on avait déjà de son érudition et de son jugement.
Cette même année, Perrault lut à l'Académie son poème sur le Siècle de Louis le Grand : on sait quel scandale provoqua cette lecture et comment la Compagnie se divisa sur la question des Anciens et des Modernes *. Corneille se trouva engagé dans la querelle un peu plus peut-être qu'il n'aurait voulu. Sans doute ses sympathies personnelles le portaient plutôt vers Perrault et Charpentier que vers Racine et Boileau ; on peut supposer cependant que, suivant son habitude, il se serait tenu sur la réserve, s'il n'avait pas été tout
1. Remarques de Vaugelas avec le» notes de Th, Corneille ^ édit. Ghassang, II, 40, et ÀTerlissemcnt.