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2. On ne peut se dispenser de rapprocher de l'EIisabelh de Corneille la Marie Tudor de V. Hugo : « Quelle est, dit Hugo dans la Préface de sa pièce, la pensée que l'auteur a tenté de idéaliser dans Marie Tudor} La voici. Une reine qui soit femme. Grande comme reine. Vraie comme femme. » Th. Corneille ne s'est pas proposé un autre but.
LBS TRAGEDIES RACINIBNNES. 177
Mais aussitôt après, par une réaction bien naturelle, c'est de nouveau l'amour qui l'emporte, d'autant plus ardent que la jalousie vient encore de l'attiser :
Duchesse, c'en est fait : qu'il vive, j'y consens. Par un même intérêt vous craignez et je tremble : Pour lui, contre lui-même unissons-nous ensemble, Tlrons-le du péril qui ne peut l'alarmer, Toutes deux pour le voir, toutes deux pour l'aimer. Un prix bien inégal nous en paiera la peine : Vous aurez tout son cœur, je n'aurai que sa haine ; Mais n'importe, il vivra, son crime est pardonné ^
Voilà le triomphe de l'amour I La passion a vaincu, dans ce cœur déchiré, même la jalousie : amante dédaignée, la reine pardonne à l'amante heureuse, elle va sauver le comte infidèle et coupable, et elle va le sauver pour une autre. Le comte, lui, sacrifie sa vie, mais il la sacrifie à son orgueil : que vaut son sacrifice à côté de celui-là ?
Mais pourquoi, a-t-on dit *, Elisabeth exige-t-elle du comte d'Essex qu'il demande son pardon? C'est là de fia part un pur caprice, et ce caprice est d'autant moins raisonnable qu'après l'aveu de la duchesse d'Irton Elisabeth sait à quoi s'en tenir sur le prétendu attentat de son favori : il a été plus imprudent que coupable. Pourquoi donc n'est-elle pas clémente jusqu'au bout? Pourquoi n'épargne-t-elle pas à celui qu'elle aime une humiliation qui lui coûte tant?
On oublie qu'elle est reine, qu'elle a des devoirs visà-vis de ses aïeux, dont elle tient la place, vis-à-vis de ses successeurs. Quel qu'ait été son dessein, Essex a porté atteinte à la majesté du trône : il faut, pour l'hon-